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jeudi 17 octobre 2013

Génération désenchantée

Sans trop y regarder, on pourrait simplement penser que le problème du chômage et du sous-emploi des jeunes concerne avant tout l'Europe du Sud, celle qui somnolait sans rien faire pour améliorer sa compétitivité, avant un réveil brutal à la fin des années 2000. Pourtant le Japon aussi se retrouve aux prises avec ces soucis, comme le révèle un mouvement de contestation inédit, à base de pâte à pizza et de sieste dans des congélateurs.

Petit tour du monde de la précarité des jeunes

Qu'ils soient au chômage ou dans des emplois précaires, il semblerait que les jeunes actifs soient la variable d'ajustement du marché du travail partout dans le monde. Même avec des modèles sociaux très différents, on argumente ici que les politiques allemandes, espagnoles et japonaises ont toutes pour conséquence la précarité du travail des jeunes.


Un bon lit douillet pour un jeune travailleur (c) Economiam
Outre-Rhin, les réformes Harz des années 2000 sont souvent désignées comme celles qui font aujourd'hui de l'Allemagne le pays fort de la zone euro. Celles-ci ont dans un premier temps libéralisé le marché du travail, favorisant ainsi l'apparition des fameux Mini-Jobs, qui profitent aussi de l'absence d'un réel salaire minimum. Puis le montant et la durée de l'assurance chômage ont été réduits, point sur lequel nous reviendrons plus tard. Toujours est-il qu'il semblerait que la qualité de l'emploi ait souffert de manière générale pour permettre cette flexibilité accrue.

En Espagne en revanche, la libéralisation n'a été que partielle dans les années 80, créant une structure de l'emploi à deux niveaux, où mettre un terme à un CDI est de fait extrêmement onéreux, tandis que les contrats temporaires sont quasiment renouvelables à l'infini et peuvent être rompus à moindre coût. Résultat, ces derniers ont représenté plus de 30% du total des contrats pendant les vingt ans qui ont précédé la crise. Le sous-emploi et maintenant le chômage des jeunes, très concernés par le travail temporaire est absolument terrifiant. On parle de 40% de chômage, même s'il faut faire attention aux statistiques à cause de l'omniprésence de l'économie informelle.

Quant au Japon enfin, même s'il peut se targuer d'avoir un taux de chômage virtuellement nul, cette statistique est en trompe l'œil. Elle cache aussi un monde à deux vitesses avec la création d'emplois inutiles qu'on pourrait presque qualifier de bullshit jobs et/ou de placards dorés où l'on maintient en emploi des personnes que l'on veut en fait licencier en ne leur donnant simplement plus rien à faire.


Prendre à Pierre pour donner à Paul ?

Les jeunes Français ne sont pas beaucoup mieux lotis : comme le montre un sondage de l’Apec, en 2013, 36% des Bac+4 ou plus ne travaillent pas un an après la fin de leurs études !

Ceci s’explique en grande partie par un marché de l’emploi déséquilibré. En effet, l’existence d'une catégorie très protégée que l'on ne peut quasiment pas licencier, fait que les outsiders doivent faire des pieds et des mains pour essayer de décrocher ce précieux sésame qu'est le CDI.

Ce qui ne veut pas dire qu'il faut nécessairement libéraliser. Certes le paysage international que nous venons de décrire tend à montrer que, par les temps qui courent, protéger un segment de l'économie revient à en pénaliser un autre. Mais quant à mettre toute la population sur un pied d’égalité, on voit que le quatrième volet de la réforme Harz, celui qui réduit la durée et le montant de l’assurance chômage, a rendu général un certain sentiment de précarité au sein de la population. Et ce malgré le succès quantitatif évident, en particulier sur l’emploi des jeunes. Que faire alors ?

Soyons désinvoltes

Ceci nous ramène à nos jeunes Japonais : clairement poussés à bout par le peu d’opportunités qui s'offrent à eux, certains se réfugient dans la transgression ultime, celle des conditions d'hygiène de la nourriture, avant d'afficher leurs exploits sur les réseaux sociaux. On y voit les employés des omniprésentes supérettes 24/24 faire leur nuit dans des frigos et ceux de fast-foods jouer avec ce qu'ils sont en train de préparer. Quel スキャンダル !

Se coller de la pâte à pizza sur la figure c'est rigolo (sur Economiam on aime bien, on trouve que ça redonne du goût au débat!), mais quelle est la vraie leçon à tirer de tout cela ? Que faire pour ne pas transformer cette génération en génération perdue, avec toutes les pertes en capital humain que cela représente ? Comment éviter un tel gâchis ?

La solution de prime abord la plus efficace serait un retour de la croissance, car comme l'a dit Kennedy : "A rising tide lifts all boats" ("La marée montante soulève tous les bateaux"). Mais même si ça ne peut pas faire de mal, on est en droit de douter que l'équation se résume simplement à plus de croissance. Comme on le sait, les vingt années de relative stabilité économique dans le monde et en France avant 2008 n'ont pas résolu le problème du chômage. Il y a quelque chose de structurel là dedans, et c'est sûrement à ce niveau qu'il faut chercher des solutions. Chez Economiam, on aime bien débattre, donc on soumet ci-dessous quelques idées au lecteur, sur les choses à faire et à ne pas faire pour prendre le problème à bras le corps :
  1. Même si c’est tentant et même si c’est socialement acceptable au niveau d'une entreprise, la préretraite pour tous les plus de 55 ans est une mauvaise idée à l’échelle d’un pays. Plus ils sont maintenus dans l’emploi, plus ils participent à l’économie, tout en ne tapant pas dans le système de retraite. 
  2. Une solution qui permettrait aux jeunes de contourner la frilosité de certaines entreprises, est de créer leur propre emploi et leur propre boîte ! Cela revient à prendre ce que l’on vous ne donne pas. Pour cela, il faudrait continuer à faciliter l'entreprenariat, un peu comme cela a été fait avec le statut d’auto-entrepreneur. Il semblerait aussi que la France ne soit pas trop mauvaise pour permettre la création rapide d’une entreprise. Cependant, se mettre à son compte n'est pas pour tout le monde. Continuons donc notre petit tour. 
  3. On ne peut pas nier que les entreprises puissent être myopes comme des taupes en ce qui concerne leurs politiques RH. Après la crise, les embauches de jeunes sont tombées comme une pierre, causant maintenant un manque de main d'œuvre compétente dans les premiers échelons (1 à 5 ans d'expérience). De plus l'impression générale semble être que les entreprises transfèrent toujours plus leurs coûts de formation sur les jeunes qu'elles embauchent, qui doivent être des vieux briscards avant d'avoir mis un pied dans la vie active. L'explosion ces dernières années de la demande de formation universitaire et des coûts qui y sont associés n'est donc peut-être pas le fruit du hasard. Les contrats de génération sont la solution proposée par le gouvernement pour répondre à ce problème. Pourquoi pas, c'est sûrement un début. Mais comme le souligne Econoclaste, gare aux effets de substitution et d'aubaine pour ce genre de mesures artificiellement imposées sur le marché du travail. 
  4. Même s'il ne faut pas exagérer les performances de l'étranger à ce niveau, il est possible qu’il soit bénéfique pour la France de briser les silos professionnels en France. En effet dans le monde anglo-saxon, on considère bien souvent le diplôme comme le signal d'une capacité de travail et d'apprentissage plutôt que comme un réel acquis de compétences. Il n'est par exemple pas rare de voir des jeunes diplômés en grec ancien ou en Divinity (théologie !) rentrer dans la finance ou le consulting. Il faudrait un changement culturel fort de ce point de vue, que le compte formation suggéré par rapport Gallois (dont on a parlé ici) pourrait aider à construire. 
  5. N’oublions cependant pas que lors de l’embauche d’un jeune, les entreprises doivent faire face au problème de l'asymétrie entre la grande difficulté de licencier un CDI et la relative facilité pour un employé d’aller monnayer ses services ailleurs. Ce qui fait doublement réfléchir lorsqu'il s'agit de la légendairement mobile génération Y. Il faut donc aussi aider les entreprises à y croire, elles qui sont l'autre partie essentielle de l'équation. Peut-être qu'un crédit d'impôt formation ciblé sur les entrants sur le marché du travail, calqué sur le modèle du Crédit d'Impôt Recherche, pourrait favoriser cette accumulation de capital.
Certes, ces propositions manquent un peu de données pour juger de leur utilité/efficacité, et certes rien de tout ceci ne pourra fonctionner comme un expédient. Mais sur Economiam, on aime les débats, donc on propose de les considérer comme ce qu'elles sont, c'est-à-dire comme une amorce de discussion. Car le temps presse : comme l'expérience nous l'a démontré (si besoin en était) avec Mai 68, la jeunesse n'est qu'un état transitoire... On finit toujours par devenir vieux qu'on le veuille ou non...

Et pour finir, une petite note musicale dans ce monde de brutes :
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