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dimanche 30 juin 2013

Austérité : Dans la peau de John Malkovich

En 2013, l’austérité n’a plus la cote, loin de là. Politique économique de prédilection des nos années de crise, attaquée dans la rue depuis ses débuts, elle a vu ses fondements théoriques s’effriter petit à petit jusqu'à être totalement indéfendable. Apres la débâcle du seuil des 90% de dette par rapport au PIB, qui déboulonne définitivement la notion de croissance par la réduction des déficits, pourquoi les politiciens s'acharnent-ils à couper à tour de bras pendant que les économistes changent leur fusil d'épaule ? Petit post-mortem à la première personne de la prise de décision en situation de crise économique.

Au moins, ça sera pas trop calorique
« Encore ce satané étage sept et demi. Encore une fois, je me retrouve sous les ors de la république à devoir prendre des décisions pour tartempion1. La barbe. Me voici de nouveau installé bien au chaud dans le subconscient d’un technocrate dégarni. On m’explique que face à la crise, il vaut mieux ne rien faire, l’assurance chômage et autres avantages sociaux suffiront amplement à assurer la relance. Pour le reste, la banque centrale s’en charge. Ca tombe bien je n’y connais rien, laissons faire les spécialistes. Ils doivent bien savoir ce qu’ils font, eux....  En tout cas il paraît que c’est le consensus parmi les économistes. Pour une fois qu’ils s’accordent sur quelque chose ceux-là.


A mon insu, le surmoi de mon technocrate pose une question sur la crise de 29. Après tout on ne s’est pas privé pour dépenser à cette époque là, de façon constructive. On répond que ce n’est plus à l’ordre du jour: y’a qu’à voir le Lundi Noir de 1987, l’histoire et la théorie nous apprennent que les injections de liquidité par les banquiers centraux, c’est de la bonne. Non vraiment, les politiciens ne feraient que gaspiller l’argent public, merci de nous le rappeler Jean-Pierre Pernaud...

Bon, si je résume, il faut éviter de dépenser plus. Compris. Mais le fait que les banques centrales atteignent la limite de leurs capacités quand les taux d’intérêt sont pratiquement à zéro? (décidément ce surmoi commence à être sérieusement épuisant avec ses questions, je serais mieux au cinéma). Apparemment c’était une bonne idée d’aborder le sujet. La discussion s’enflamme, il y a semble-t-il quelque chose à faire. Si je connais le Japon? Ouais les sushis, les mangas et la Wii. Ah non on s’attendait plutôt à la stagnation économique et à la désinflation de la décennie perdue. Difficile celle-là. Les nippons souffrent de leur niveau de dette : des huiles de l’économie nous ont pondu plusieurs études pour le montrer. Pour ne pas stagner come eux, il faut donc réduire la dette. En plus, ça ferait bien comme ligne d’action volontariste auprès du grand public. Mais bon là, quand même, ça me chiffonne un peu. Ne pas dépenser plus, ok. Mais carrément dépenser moins ça me semble bizarre. Les gens aiment l’argent, moi le premier, surtout quand il s’agit de le dépenser… Et surtout en période de crise quand il manque.

Eté 2012. Je suis de retour et les événements s’accélèrent de ce que je peux comprendre. Depuis ma dernière visite, on a mis en place les politiques d’austérité dont on avait parlé. Primo, c’est histoire de se mettre quelques garanties de revoir son argent, parce qu’apparemment les mecs dans le Sud de l’Europe, ils ne savent pas gérer un budget. Deuzio, pour faire bonne mesure, on a aussi commencé une cure d’amaigrissement. Comme ça pas de jaloux !

Par contre, on me dit qu’en fait, les huiles se sont plantées. Alesina et Ardagna se sont fait allumer en beauté à cause de leurs erreurs de méthodo2. En fait, on ne peut pas faire croître un pays en coupant violemment les dépenses au cœur d’une récession, même si ça semblait pas mal sur le papier. Et même à l’inverse, d’autres huiles affirment maintenant que la relance keynésienne, ça a de fortes chances de marcher ! Ils commencent à me courir sur haricot nos amis économistes, faudrait savoir. D’autant qu’il nous reste Reinhart et Rogoff, et leur effet de seuil. Alors on relance ou on relance pas ? Il semblerait que les marchés vont décider pour nous. Pieds et poings liés face à une panique généralisée (ou une attaque en règle, qu’est ce que j’en sais moi ?), j’ai l’impression qu’on n’a plus trop le choix : va falloir montrer patte blanche et serrer la vis.

Aujourd’hui. Comment on fait pour prendre des décisions ici ? Si R&R n’arrivent pas à se servir d’un tableur Excel, comment savoir quelle est la route à suivre ? Parce que non, la croissance ne s’effondre pas quand on dépasse les 90% de dette par rapport au PIB (toujours ça de pris tu me diras), et pour s’en apercevoir, il suffisait de ne pas oublier certaines données dans le fichier... Toujours est-il qu’il n’y a pas de quoi faire les fiers avec nos niveaux d’endettement : peut-être que le remède est pire que le mal mais si on n’a pas de remède, on reste malade… En tout cas, au-delà de la théorie, clairement l’austérité n’a pas trop marché. Tout le monde est en récession et on galère plus que jamais. Arrière toute ! Et on repart pour un tour, dans l’autre sens cette fois-ci. Mais perso, j’ai l’impression qu’on n’est pas plus avancé : il s’agit de ne pas se planter dans les politiques (de relance ce coup-ci), en faisant confiance aux économistes pour que ça ne se casse pas la figure. Dieu ne joue pas aux dés, mais les hommes politiques ne se privent pas eux. Tu m’étonnes que le business marchait bien pour Elisabeth Teissier sous Mitterrand ! Bref, comme on dit, bénis sont les jeunes, car ils hériteront de la dette publique. Parce que oui,  ça va douiller, la Cour des comptes vient de le répéter. Maintenant, il va juste falloir qu’on arrive à atterrir sans trop se faire mal : hâte-toi lentement comme disait l’autre… »

Pour en savoir plus :

Une explication très claire en Français du fiasco R&R : D’un champ à l’autre - La dette publique nuit-elle à la croissance ? Revisiter Reinhart et Rogoff

Un article de Voxeu dont le titre a honteusement été pompé pour la conclusion : The austerity debate: Festina lente!

Bloomberg View a un tress bon article de resume, très équilibré : Austerity Principles, or How to Save an Economy in Crisis

Enfin, la chronologie est ici volontairement floue, mais un blog (que je découvre) documente ceci très bien : Avec un y - Mourir pour l’austérité, mais de mort lente


1 Ou quelquepart en Europe du Sud, du Nord ou vers Bruxelles, en 2010, 2011, ou 2012, dans la tête d’un commissaire européen finlandais, d’une chancelière allemande ou d’un président français.
2 Krugman n’est pas tendre, le FMI non plus

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