Random phrase

dimanche 19 juin 2016

Bremain: You'll never walk alone

Avant le référendum de jeudi, lettre d'un français à ses hôtes britanniques, et un peu de musique de circonstance.


Et la bande son originale :

lundi 30 mai 2016

Brexit: God save l'Union Européenne ?

« Si on m'avait écouté, on n'en serait pas là ! », entend on presque dire Charles de Gaulle, d'outre tombe. En effet, les citoyens du Royaume-Uni vont décider prochainement s'ils restent ou non au sein de l'Union Européenne. Assiste-t-on à un tournant de l'histoire européenne ou bien à un nouveau feu de paille politicien ?

 

Too cool for school, Britannia

Le Brexit (contraction de Britain et Exit) désigne une possible sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. Cette sortie devrait être tranchée par un référendum fixé au 23 juin par le premier ministre David Cameron. 

David se sent inquiet...
Qu'on soit clair, Economiam n'est pas dans la tête de nos voisins britanniques, donc on ne peut pas prédire l'issue du scrutin (en plus on sait qu'ils sont imprévisibles, la preuve, ils roulent à gauche). On voit cependant que même si le Brexit fut longtemps une idée farfelue, le rapport de force entre partisans du Stay ou du Leave s'est progressivement amélioré en faveur des seconds. Ceci se traduit dans les sondages, même si ceux effectués par téléphone (qui ont été plus précis que les sondages en ligne lors du scrutin législatif de l'an dernier) prédisent de façon quasi constante un vote en faveur du Stay.

Les principaux soutiens du Brexit sont généralement très à droite dans le spectre politique, United Kingdom Independance Party (UKIP, qui se situe quelque part entre la Droite Populaire et le Front National) et aile eurosceptique des Conservateurs (le parti de droite actuellement au pouvoir), auxquels s'est récemment rajouté le très populaire ancien maire de Londres, Boris Johnson. 

Pour remettre les choses en contexte, il faut voir que le rapport du Royaume-Uni à l'Europe a toujours été un peu spécial :
  • Chronologiquement, les Brits n'ont jamais été un moteur de la construction européenne, ayant rejoint la Communauté Economique Européenne sur le tard en 1973, après avoir essuyé plusieurs vetos du Général de Gaulle.
  • Culturellement, ils ont toujours su entretenir leur particularisme, ce que reflète la sémantique : pour beaucoup d'entre eux, « l'Europe » c'est le continent, une entité bien distincte de leur insularité.

We are not amused

Même si, de prime abord, la volonté de sortir de l'UE des britanniques semble coïncider avec la vague de mécontentement qui agite les autres pays membres, ses motifs sont en fait assez différents :
  • Euro : C'est simple, les Britanniques ne l'ont pas. Ils sont en dehors du processus d'intégration vers la monnaie unique, depuis leur retrait en 1992 . Le Brexit n'est donc pas une façon de recouvrer la souveraineté monétaire, cri de bataille de certains politiciens de la zone euro.
  • Austérité : Nombre d'analyses de la crise de la zone euro tournent autour du rééquilibrage par l'austérité (en Grèce par exemple) et non par la relance de la demande (en Allemagne). L'UE est ainsi vue par certains comme imposant des souffrances inutiles sur les peuples, ce qui les amène à réclamer plus d'indépendance dans la conduite de la politique budgétaire nationale. Pourtant, ceci n'est pas un facteur dans les débats britanniques, le pays n'ayant pas rechigné à subir l'austérité de ces dernières années, réélisant le gouvernement de David Cameron.
  • Crise des réfugiés : Après la crise économique qui menace de remettre en cause la libre circulation des capitaux, une autre liberté fondamentale de l'UE, celle de circulation des personnes, est de plus en plus mise en danger avec l'afflux immense de réfugiés auquel on assiste depuis de nombreux mois maintenant. Inimaginable auparavant, les fermetures de frontières se font de plus en plus fréquentes (entre la Belgique et la France tout récemment). Mais ceci ne devrait raisonnablement pas faire partie du débat outre-Manche : en plus de la frontière naturelle de son insularité, le Royaume-Uni est surtout dehors de la zone Schengen qui garantit la libre circulation des personnes !
  • Budget de l'UE : Depuis Margaret Thatcher, ils n'ont eu de cesse de se plaindre du poids sur le budget de sa majesté de leur contribution au budget européen. Pourtant, cela représente un quarantième de leur budget national !
  • Kafka : Le fonctionnement bureaucratique des institutions européennes est vraiment au cœur des préoccupations britanniques (enfin surtout des Conservateurs, le parti de la droite libérale). Mais cet argument est légèrement de mauvaise foi : l'Etat britannique n'a clairement pas attendu l'UE pour créer de la bureaucratie !

 

Making [fill country here] great again

Cependant, même si les justifications immédiates du Brexit ne sont pas celles qui motivent le reste de l'Europe, il semble que les ressorts profonds soient quand même similaires : il s'agit surtout de la peur du déclassement, individuel et national. Ce n'est pas pour rien que les populistes de tous poils n'ont que la grandeur (passée) de leur pays à la bouche, de Donald Trump ("We're gonna make America great again") à l'ex-ministre conservateur britannique Iain Duncan Smith ("This country is the greatest on earth.”). Le débat britannique ne tourne alors plus autour d'un bilan comptable des mérites et défauts de l'appartenance à l'UE, mais autour du rétablissement d'un noyau national dont l'essence a par le passé produit un des plus grands empires coloniaux de tous les temps.

En conséquence, on pense chez Economiam que les batailles de chiffres n'ont vraiment que peu de sens. Ceux-ci servent surtout de justification a posteriori de croyances ancrées a priori. Il s'agirait donc plutôt de toucher le cœur des européens de part et d'autre de la Manche. Pourtant, le moins qu'on puisse dire c'est que l'identité européenne n'a jamais réussi à s'imposer sur les différentes identités nationales qui la composent, tant il est difficile pour un citoyen européen de s'approprier quoi que ce soit de l'UE hormis une politique de libre échange et un fonctionnement technocratique. Rien de bien inspirant en somme !

C'est aussi là que se jouent concrètement les chances de voir ou non un effet domino à la suite de la sortie du Royaume-Uni. Pour Economiam, une dislocation aura lieu tôt ou tard, et indépendamment du Brexit, si les peuples ne peuvent plus être convaincus du bienfondé du projet européen...

jeudi 18 février 2016

This is the end, my friend

Vent de panique sur les bourses mondiales : il n'en faut pas plus pour les médias pour s'interroger sur un nouveau krach comme en 2008. On va donc profiter de l'occasion pour mettre Fluctuations et Crises à l'ouvrage et voir ce qu'on peut conclure sur la possibilité d'une crise en 2016.

Doctor Doom

On pourrait prendre la voie facile, celle des Doctor Doom (de Nouriel Roubini à notre Patrick Artus national) qui prédisent une nouvelle crise tous les ans, histoire d'être sûrs de ne jamais en rater une (un exemple particulièrement gratiné ici). On va être franc, chez Economiam on est bien incapable de vous dire avec certitude si une crise se produira en 2016. Mais on peut par exemple vous donner un avis et des pistes de réflexion pour arriver à vos propres conclusions.

dimanche 14 février 2016

Juste ce qu'il faut pour faire croire que vous avez vraiment lu Piketty

« Formidable ! Un tournant dans la pensée économique ! Une rock star ! » Depuis sa publication en 2013, on ne tarit pas d'éloges sur le Capital au XXIe Siècle et son auteur, l'économiste français Thomas Piketty. A tel point que cet ouvrage est devenu un blockbuster des ventes de livres, à faire pâlir d'envie Harry Potter (enfin presque). Sauf que dans la plupart des cas, le pavé de 950 pages sert plus de presse papier intello que de livre de chevet.


En version japonaise...

Le poids des idées...

Un million et demi de ventes dans le monde, en voilà une palanquée de bouquin ! Pourtant, les statistiques ne mentent pas : les passages surlignés par les utilisateurs du Kindle d'Amazon se concentrent étrangement sur les deux premiers chapitres... Partant, vous pouvez être presque sûr que si quelqu'un vous parle du Capital au XXIe Siècle, il/elle ne l'a probablement pas lu jusqu'au bout. En cela, Piketty est certainement le digne héritier de Marx et de son livre Das Kapital, que personne non plus ne lit...

Voilà donc l'opportunité de briller! Economiam se propose donc de vous souffler les bons mots qui feront mouche et les réflexions subtiles qui vous transformeront en une référence auprès de ceux qui auraient abandonné leur lecture, sans prendre la bonne habitude de lire ce blog1 ! On aborde tour à tour, le contexte du livre, son contenu, les premières réactions puis ce qu’on pense qu’il faut en penser.

dimanche 31 janvier 2016

Revenu universel : Je rêvais d'un autre monde

Le revenu universel, qui consiste à verser à chacun un revenu identique sans conditions préalables, fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps. Puisqu'on n'est pas insensible à l'actualité chez Economiam, on en profite pour ramener sa fraise.


Marx et Hayek sont dans un bateau...

Make it rain, baby!
Une absurdité pour les uns, une société à nouveau humanisée pour les autres, ou encore un destin inéluctable pour certains, le revenu universel ou de base (RU dans ce qui suit) touche une corde sensible, en France (ici ou ici) ou à l'étranger, ici aux US (en VF), là au UK.

Mais ce phénomène n'est pas que purement médiatique, car des initiatives politiques concrètes en ce sens ont été lancées en Finlande et en Suisse. Même en France, le Conseil national du numérique vient récemment de le suggérer dans un rapport remis à la Ministre du Travail, avec de surcroît le Ministre de l'Economie Emmanuel Macron qui a l'air de vouloir y réfléchir (même si on suppose qu'il disait ca pour se marrer...).


samedi 12 décembre 2015

Uber et contre tous

Uberisation contre grève des taxis, licornes contre artisans chauffeurs : l’arrivée en France du service de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) Uber a créé une onde de choc dans le marché des transports français. On prend le temps ici de se détacher du buzz pour s’attarder sur le retour médiatique des biens connus concepts d’offre et de demande.

Joe le taxi

De par le monde, le fonctionnement des taxis est très régulé. A cela rien d'étonnant dans l'optique de la protection d'un consommateur qui rentre dans une boîte métallique, à la merci de l'inconnu qui la conduit. Paris ne fait bien sûr pas exception : la régulation s'opère par l'existence de tarifs imposés, harmonisés et affichés ainsi que d'une signalétique claire avec des panneaux qui différencient les taxis des autres véhicules.

samedi 24 octobre 2015

Monomanie I: Prendre à Pierre pour donner à Pole

Depuis le debut de l’année, la question suivante est remise régulièrement sur le tapis : Google est-il un monopole et abuse-t-il de sa position ? On laissera à la Commission Européenne le soin de se prononcer sur cette question. Mais la prolifération d'articles (à l'occasion faux) ainsi que les spécificités des entreprises Internet nous donnent un bon prétexte pour revenir sur ce concept central des cours d'économie : les monopoles.


Les Barons brigands

Pour les fans de Borgen...
En Europe comme aux Etats-Unis, on n'aime pas les monopoles. De ce côté de l'Atlantique, la Commission Européenne scrute avec attention les comportements des entreprises qui pourraient porter atteinte à la libre concurrence. De l'autre côté de l'océan, des batailles homériques ont été engagées par l'Etat américain pour casser des conglomérats qui abusaient de leur position. Ce rejet du monopole par les américains est entrenu par le souvenir des Robber Barons, ces capitaines d'industrie de la fin du XIXe siècle qui se sont très fortement enrichis grâce au contrôle qu'ils exerçaient sur certains secteurs comme les chemins de fer ou l'acier. La première guerre de tranchée anti-monopole fut sans doute le démantèlement de la Standard Oil en 1911. Plus récemment le démantèlement d'AT&T (dans les années 70-80) ou encore la séparation d’Internet Explorer du système d'exploitation Windows montrent la détermination de la justice américaine.