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dimanche 31 janvier 2016

Revenu universel : Je rêvais d'un autre monde

Le revenu universel, qui consiste à verser à chacun un revenu identique sans conditions préalables, fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps. Puisqu'on n'est pas insensible à l'actualité chez Economiam, on en profite pour ramener sa fraise.


Marx et Hayek sont dans un bateau...

Make it rain, baby!
Une absurdité pour les uns, une société à nouveau humanisée pour les autres, ou encore un destin inéluctable pour certains, le revenu universel ou de base (RU dans ce qui suit) touche une corde sensible, en France (ici ou ici) ou à l'étranger, ici aux US (en VF), là au UK.

Mais ce phénomène n'est pas que purement médiatique, car des initiatives politiques concrètes en ce sens ont été lancées en Finlande et en Suisse. Même en France, le Conseil national du numérique vient récemment de le suggérer dans un rapport remis à la Ministre du Travail, avec de surcroît le Ministre de l'Economie Emmanuel Macron qui a l'air de vouloir y réfléchir (même si on suppose qu'il disait ca pour se marrer...).


Et puis, point frappant, le RU parvient à faire s'accorder l'ultra gauche et l'ultra libéralisme. Pour les premiers, il s'agit de briser le joug du salariat, pour revaloriser le travail non monétaire (par exemple artistique/culturel, ou domestique) face aux excès du capitalisme financier mondialisé. Pour les seconds, il s'agit de simplifier la structure de l'Etat pour mettre à bas le Léviathan qu'est devenu l'Etat providence. Et le projet n'est pas porté que par des hurluberlus : de grands penseurs comme Thomas More au XVIIIe siècle ou encore les Prix Nobel d'Economie Milton Friedman ou Friedrich Hayek ont été de fervents partisans du RU.


Bon, on ne va pas le cacher, on flaire un peu l'arnaque chez Economiam, comme souvent avec ce qui est trop beau pour être vrai. Mais on peut toujours rêver...

On peut rêver, mais ça fait pas rêver

Le sujet n'est pourtant pas du tout étranger à l'analyse économique sérieuse. En effet, la théorie de l'imposition optimale peut être utilisée pour essayer d'appréhender le niveau de ce revenu de base.

Une approche naïve suppose que l'Etat peut simplement s'approprier l'ensemble des revenus, et les redistribuer de façon égale entre les individus. Cependant, on sait depuis les travaux de James Mirlees en 1971 qu'il y a un équilibre à trouver entre efficacité économique et équité sociale1. Ainsi, en toute logique, le revenu minimum doit se situer à un niveau suffisamment faible pour ne pas complètement ôter toute incitation à travailler, tout en assurant une redistribution suffisante. Vues ainsi, les choses ne seraient pas fondamentalement différentes de la situation actuelle : le but est d’avoir des revenus disponibles après impôts qui soient croissant, de sorte que seuls les plus pauvres toucheraient vraiment le RU, les autres le voyant disparaître progressivement en impôt2. C'est là l'arnaque, il n'y a donc pas de miracle.

Dans un article de 2002, l'économiste français Emmanuel Saez, chercheur reconnu pour ses travaux dans ce domaine (ce qui lui a valu la prestigieuse John Bates Clark en 2009) évalue le RU aux Etats-Unis à $7 300 par an contre un seuil de pauvreté américain situé un peu au-delà de $9 000 au début des années 2000. Notons aussi que, sans modélisation particulière, les propositions récentes en France se situent aux alentours de €600 à €800, soit là encore sous le seuil de pauvreté (tel que définit par l’Insee).


La cigale et la fourmi

Mais par delà ces estimations, ce que l'on voit aussi de ces travaux c'est que l'économie ne peut répondre que pour des niveaux de préférences sociales/sociétales données. En d'autres termes, une société qui a très envie de redistribuer aux plus pauvres va leur donner plus d'argent. Tout bêtement.

Se posent donc des questions de contrat social, qui sont passées sous silence dans toutes ces discussions médiatiques. On peut en effet légitimement supposer que les débats vont rapidement tourner de qui mérite le RU, comme cela s’est passé au Royaume-Uni au XIXe siècle avec les Poor Laws qui imposent aux indigents de travailler dans des Workhouses pour pouvoir bénéficier de la charité publique, le soupçon étant très fort qu’ils ne seraient pas très motivés pour travailler sinon, augmentant in fine le coût de leur prêter assistance.


Et puis dans le monde ouvert dans lequel nous vivons, se pose aussi la question de savoir à qui s’adresse ce revenu universel : aux seuls citoyens ? Aux résidants ? A tous ceux qui en feraient la demande? La simplification administrative grâce au RU mise en avant par certains est un faux argument en pratique : la question du méritant se posera toujours car la solidarité nationale dit bien son nom...


Bref, obtenir que chacun contribue selon ses moyens et que chacun obtienne selon ses besoins, pour paraphraser Proudhon, restera toujours autant une utopie, même avec un revenu universel…

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1. Ce qui lui a valu un prix Nobel en 1996
2. On voit ainsi que le RU est équivalent à un impôt sur le revenu négatif pour les plus pauvres, les autres étant imposés à des taux positifs qui annulent le RU. C’est ainsi que les libéraux conçoivent le RU.

samedi 12 décembre 2015

Uber et contre tous

Uberisation contre grève des taxis, licornes contre artisans chauffeurs : l’arrivée en France du service de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) Uber a créé une onde de choc dans le marché des transports français. On prend le temps ici de se détacher du buzz pour s’attarder sur le retour médiatique des biens connus concepts d’offre et de demande.

Joe le taxi

De par le monde, le fonctionnement des taxis est très régulé. A cela rien d'étonnant dans l'optique de la protection d'un consommateur qui rentre dans une boîte métallique, à la merci de l'inconnu qui la conduit. Paris ne fait bien sûr pas exception : la régulation s'opère par l'existence de tarifs imposés, harmonisés et affichés ainsi que d'une signalétique claire avec des panneaux qui différencient les taxis des autres véhicules.

samedi 24 octobre 2015

Monomanie I: Prendre à Pierre pour donner à Pole

Depuis le debut de l’année, la question suivante est remise régulièrement sur le tapis : Google est-il un monopole et abuse-t-il de sa position ? On laissera à la Commission Européenne le soin de se prononcer sur cette question. Mais la prolifération d'articles (à l'occasion faux) ainsi que les spécificités des entreprises Internet nous donnent un bon prétexte pour revenir sur ce concept central des cours d'économie : les monopoles.


Les Barons brigands

Pour les fans de Borgen...
En Europe comme aux Etats-Unis, on n'aime pas les monopoles. De ce côté de l'Atlantique, la Commission Européenne scrute avec attention les comportements des entreprises qui pourraient porter atteinte à la libre concurrence. De l'autre côté de l'océan, des batailles homériques ont été engagées par l'Etat américain pour casser des conglomérats qui abusaient de leur position. Ce rejet du monopole par les américains est entrenu par le souvenir des Robber Barons, ces capitaines d'industrie de la fin du XIXe siècle qui se sont très fortement enrichis grâce au contrôle qu'ils exerçaient sur certains secteurs comme les chemins de fer ou l'acier. La première guerre de tranchée anti-monopole fut sans doute le démantèlement de la Standard Oil en 1911. Plus récemment le démantèlement d'AT&T (dans les années 70-80) ou encore la séparation d’Internet Explorer du système d'exploitation Windows montrent la détermination de la justice américaine.

dimanche 11 octobre 2015

Economiam a écrit un livre !

On se demandait pourquoi un tel silence radio depuis plus d'un an. La réponse est là : Economiam diversifie ses supports, et a donc écrit un livre, en collaboration avec Vincent Barou, professeur agrégé d'économie en prépa EC, sous l'œil avisé d'Alain Beitone, directeur de la collection Cursus - Economie (Armand Colin).

 

Comment ça s'appelle ?

Fluctuations et crises économiques, tout au pluriel, parce que les crises et les fluctuations, c'est pas près de s'arrêter.
Le bull, la bulle mais pas les boules

 

De quoi ça parle ?

On l'aura deviné avec un titre qui va droit au but (après tout Alain Beitone vit à Marseille), on parle de crise économique dans ce livre ! Mais pas n'importe comment : on prend une vue résolument moderne du sujet, en intégrant les derniers développements historiques et théoriques pour aider le lecteur à aller plus loin. De Marx à la crise de 2008 et son prolongement dans la crise de la zone euro, on y verra forcement plus clair au bout des 224 pages !

Plus précisément, fi des équations, foison de graphiques, le livre aborde tour à tour les questions suivantes :

  • Comment analyser les fluctuations économiques ?
  • Pourquoi la conjoncture se retourne-t-elle ?
  • Quelles sorties de crise ?

 

A qui ça s'adresse ?

Le livre fait partie de la collection Cursus - Economie de la vénérable maison d'édition Armand Colin, donc il s'adresse quand même principalement à des étudiants qui cherchent à aller plus loin dans la compréhension de leur cours. Mais chez Economiam, on espère que cette prose plaira à tout le monde, comme on cherche toujours à le faire sur ce site !

 

Où peut-on trouver cet excellent ouvrage ?

Dans toutes les bonnes librairies bien sûr, mais en cet âge digital, en ligne aussi, sous format papier et numérique. Un exemple ici. Et puis comme un peu d'autopromotion ne peut pas faire de mal dans ce cas, on a aussi rajouté un widget Amazon pour simplifier la vie de tout le monde.

Bonne lecture !

mercredi 4 juin 2014

Alstom : génie français ou perpétuation de la stagnation ?

Dans un article en partie composé dans une rame du Tube londonien construite par Alstom, Economiam s'intéresse aux offres d'achat de GE et Siemens sur le « fleuron de l'industrie française » comme le dit Arnaud Montebourg.
 

Le Général Electrique aura-t-il l'Alsace ?

Chez Alstom, on laisse la porte ouverte !
Le printemps, c'est toujours un peu le temps des romances qui naissent. Ce n'est donc peut-être pas un hasard que ces deux derniers mois d'avril et de mai aient été le temps des méga fusions-acquisitions transatlantiques. En effet, à quelques jours d'intervalles, deux groupes américains, l'industriel General Electric (GE) et le pharmaceutique Pfizer, ont commencé un pas de deux avec des entreprises européennes. Le premier convoite la branche énergie du groupe français Alstom1 pour un montant de 16 à 17 milliards de dollars tandis que le second veut absorber le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca (AZ) pour $119 milliards.

On pourrait analyser longuement les bienfaits potentiels de ces transactions pour les acheteurs. Cependant, pour rejoindre un sujet dont nous avons parlé précédemment, ces groupes ont surtout un problème de riche
 : ils ont cash à rapatrier, beaucoup de cash, qui est en particulier conservé en dehors des États-Unis2. Pour ne pas avoir à le perdre en impôts, la solution est simple : maintenir cet argent en place et l'investir dans une cible appétissante.

mercredi 23 avril 2014

Prélèvement à la source : l'expérience britannique

Un des points cruciaux de la réforme fiscale annoncée par le gouvernement en 2013 est la mise en place du prélèvement à la source. Si le projet semble déjà avoir été abandonné, il s'agit pourtant là d'une très bonne idée. Illustration grâce à l'exemple de la Perfide Albion dont, une fois n'est pas coutume, nous prendrons de la graine.

La feuille de chou

Chaque année, c'est le même rituel de la déclaration d'impôt. Pré-remplie, ça aide un peu, mais à chaque fois, c'est toujours la surprise : combien vais-je devoir au percepteur ? Et il faut bien prévoir de mettre de côté le montant dû, avec de la marge pour éviter les mauvaises surprises, ce qui est toujours un peu stressant...

Regardons maintenant ce qui se passe Outre-Manche pour la plupart des contribuables, qui touchent essentiellement des revenus de leur travail salarié. En se basant sur la grille ci-dessous valable pour l'année fiscale 2014-15, les impôts sont déduits automatiquement du salaire tous les mois.
Merci à Samy et Olivier pour les corrections!

dimanche 23 février 2014

De l'Europe, de l'€uro et Delors

Dans le post précédent, nous sommes quasiment arrivés à la conclusion que détricoter la libéralisation financière, au moins partiellement, semblait promettre un certains nombre de gains immédiats pour les pays qui y auraient recours. Cependant, est-ce que ce qui est envisageable et bénéfique pour des petites économies (comme l’Islande) ou des pays émergents (comme la Malaisie) peut se transposer de façon directe au cas de la France ? C’est ce que nous allons tenter de comprendre ici.

L’Europe et ses idées directrices

Vous est il arrivé de vous demander pourquoi les mouvements de capitaux ont été libéralisés dans l'Union Européenne ? Bon, probablement pas en vous brossant les dents le matin, mais si vous lisez ceci, la question a pu déjà vous trotter dans l'esprit. Et bien la Commission Européenne vous répond sur son site :
Selon la théorie économique, la libre circulation des capitaux doit déboucher sur l'allocation optimale des ressources et sur l'intégration de marchés et services financiers européens ouverts, compétitifs et efficaces. Elle doit également aider à poursuivre une politique macro-économique «responsable» et à stimuler la croissance grâce aux transferts dans le domaine financier et en matière de connaissances (investissements directs).
Elle est Babel la vie?
Ainsi, la libre circulation des capitaux est l'une des quatre libertés fondamentales de l'UE, entérinées par le Traité de Maastricht1. Et surtout, elle fait partie d'un ensemble plus grand au cœur du projet européen : l'intégration financière des pays membres. De ce fait, la libéralisation des flux de capitaux en Europe est indissociable de la monnaie unique, selon les principes énoncés dans le Rapport Delors et qui culminèrent avec le traité de Maastricht. Car de la même façon qu'on n'aurait pas mis de barrières entre le Nord-Pas-de-Calais et le Limousin du temps du franc, on ne peut pas envisager de restrictions entre le Piémont et le Schleswig-Holstein ou entre le Tyrol et la Galice de nos jours, vu que ces régions partagent la même monnaie.

Le non-paradoxe de Lucas

Alors qu'a-t-on gagné (ou à gagner) avec l'intégration financière européenne ?

Comme on l'a vu dans l’article précédent, l'épargne mondiale a en pratique tendance à se diriger des pays pauvres en capital vers les pays riches (on y avait cité l'exemple classique de la Chine et des États Unis)2. Or à l’échelle de l’Union Européenne (qu’on élargit ici aux signataires des traités européens comme la Suisse et la Norvège, même s’ils ne sont pas dans l’Union au sens strict), on a historiquement observé l’inverse : les flux de capitaux se dirigent bien des pays riches vers les pays pauvres, entraînant en particulier une convergence des revenus des seconds vers le niveau de ceux des premiers. On retrouve ici « l’allocation optimale des ressources » que mentionne la définition ci-dessus.

Ensuite, le manque d'intégration financière donne lieu à des inefficacités à cause de la difficulté de passer à l’échelle et ainsi souvent à des situations de rente dues au manque de standardisation. En effet, les agents économiques doivent dès lors souvent s’assurer les services d’intermédiaires financiers pour mettre en œuvre leurs transactions (par exemple contacter sa banque pour acheter des pesetas contre des francs avant 1999, avec une commission au passage). A l'inverse dans la situation actuelle, les marchés de financement, en particulier obligataires, sont devenus plus liquides et plus profonds, ce qui abaisse le coût de la dette pour les Etats comme pour les entreprises et diminue la dépendance sur les banques pour obtenir un mélange plus équilibré dans les sources de capital. Ce sont les marchés « ouverts, compétitifs et efficaces » que défend la Commission.


En ce qui concerne la France, l’intégration financière a permis un ancrage de sa monnaie et de sa position économique après un long historique d’instabilité du franc, qui persista jusqu’à la consolidation du SME. Certes elle a perdu son indépendance monétaire nationale, mais n’est dorénavant plus victime du « duo irréconciliable » d'Hélène Rey au niveau européen car la profondeur et la liquidité d’un marché européen intégré permettent d'absorber les chocs externes bien mieux que si elle avait été livrée à elle-même. Et de fait, la France n’a pas subi d’instabilité financière entre 1992 et 2012, une période de calme sans précédent depuis le XIXe siècle ! La coopération et le partage des risques améliorent ainsi la situation de tous, par rapport à rester chacun dans son coin.


Dernier point qui est peut-être anecdotique mais qui touche directement à la vie quotidienne
 : chez Economiam, on pense que c’est mieux de ne pas avoir de carnets de change pour voyager !


Babel

Pourtant, on voit aussi dans la définition de la Commission Européenne que la libéralisation des flux de capitaux est considérée comme un outil de discipline, par lequel les Etats « cigales », seraient soumis à la rigueur des marchés en cas d'écarts trop important. Or l’expérience nous a montré que cette dernière ne marche pas toujours comme on s’y attendrait, à cause de l’irrationalité des marchés. Celle-ci peut d’ailleurs fonctionner dans les deux sens : entre 1999 et 2007, les marchés ont considéré tous les pays de l’UE comme égaux devant le risque de défaut, en particulier la Grèce3, avant de surcompenser en attaquant lesdits pays de façon indiscriminée lors de la récente crise de la zone €uro.
 

Autre élément négatif, on a expliqué précédemment que le paradoxe de Lucas ne se vérifiait pas au niveau européen. Or ceci est probablement inexact depuis la Crise financière. Par exemple, les prêts immobiliers libellés en Francs suisses à direction de l’Europe Centrale, en particulier la Hongrie, se sont inversés depuis que la bulle immobilière y a éclaté.

Mais le problème principal est l'hétérogénéité des pays de l'UE. En effet, parmi d'autres déterminants, le taux de change reflète la valeur relative des biens et services produits dans un pays par rapport à l'autre. Or, clairement, en possédant une monnaie commune, les Etats européens ont perdu cette variable d'ajustement. Par conséquent, les pays d’Europe doivent répondre à des chocs asymétriques en procédant à un ajustement soit par rigueur pour gagner en compétitivité dans les pays faibles (ce que font actuellement l’Espagne, le Portugal et la Grèce), soit par l’inflation du pays dominant (c'est-à-dire organiser une perte de compétitivité du pays dominant, qui serait en l’occurrence l’Allemagne).


Comme on le sait, les gouvernements ont choisi le chemin de la rigueur. Au regard de l'histoire des quarante dernières années, ce choix n'est pas vraiment étonnant et la logique suivie pour s'accrocher à l’Union Européenne ne date pas de la création de l'€uro. Comme le raconte Barry Eichengreen dans son livre Globalizing Capital, la France est plusieurs fois entrée en récession dans les années 80 et 90 pour rester au sein du Système Monétaire Européen, ce qu’on a appelé bureaucratiquement les politiques « d'ajustement ». Toujours selon Eichengreen, ce sont ces mêmes choix politiques qui expliquent le taux de chômage structurellement élevé en France durant les années 90. L’impact positif sur les Etats européens de la libéralisation financière découlant de ce qu'on a décrit plus haut n'est donc certainement pas immédiatement évident pour le citoyen moyen.


Euromillion

Devant un statu quo intenable pour les populations, deux choix s'offrent alors à nous : sortir de l'€uro ou accroître l'intégration européenne.

Il n'y a pas de troisième issue tout simplement parce que la France n'est pas l'Islande ou la Malaisie : elle est autrement plus grande et plus commercialement intégrée, en particulier avec ses voisins européens. Et on l’aura compris au vu de ce qui précède, il n’est donc pas possible de détricoter la libéralisation financière au sein de l’Union européenne sans sortir de l'€uro.


Or il semble paradoxal d'être prêt à perdre la stabilité que la monnaie unique nous apporte, alors même qu’on traverse une période de nostalgie de Bretton Woods. Car le retour au franc, sans nier le potentiel pour un soulagement temporaire des difficultés du pays, nous expose à un retour en arrière avec toutes les instabilités qui ont pu exister. Le monde a par ailleurs bien changé depuis les Trente Glorieuses, et il s’agit aussi de s'adapter aux réalités du monde dans lequel on vit face à « l’essor inexorable de la mobilité des capitaux internationaux » comme le dit Barry Eichengreen (encore lui).
Chez Economiam, on pense donc qu'il faut plus d'intégration :

  • Avec la création d’un pot commun, via par exemple des Eurobonds, qui est une forme de partage des risques. On a bien pu le faire pour une loterie, alors pourquoi pas pour les finances publiques? En ce moment, cela voudrait dire que les Allemands devraient payer pour les autres. Pour les convaincre et pour ne pas leur donner l'impression d'être pris pour des buses, il leur faudra des garanties pour les prochaines fois. En effet la main tendue de l'après guerre était une entente suffisante aux balbutiements de l'UE, mais plus de nos jours en particulier avec le concert international de vociférations à leur encontre. Il faudra des contreparties politiques et économiques pour assurer le donnant-donnant.
  • De plus, le point précédent va de pair avec un besoin d'harmonisation, en particulier fiscale. Une pétition récente appelle par exemple à un alignement de l'impôt sur les sociétés dans la zone €uro afin de limiter les distorsions entre Etats. Il faut probablement y rajouter le besoin de remplacer les différentes conventions fiscales des pays membres par une négociation unique au niveau de l'UE. Enfin une vraie union bancaire, plus solide que l'avorton produit par les ministres des finances récemment, permettrait de mettre au clair les responsabilités de chacun lors de la socialisation des pertes bancaires.
  • Enfin un dernier point important, qui est celui soulevé par Dani Rodrik dans son livre The Globalization Paradox : la libéralisation (financière ou non), malgré son impact potentiellement positif sur l'efficacité économique, a eu des conséquences redistributives massives. Le mieux serait d'essayer d'en tenir compte avec par exemple une couverture sociale au niveau continental.
Ce ne sont que quelques pistes, et comme souvent, elles sont plus faciles à dire qu'à faire. Mais elles ne sont certainement pas cosmétiques car elles impliquent encore un peu plus d'abandon de souveraineté nationale. Cependant, elles ne peuvent qu'être une solution partielle car elles répondent uniquement à la question des transferts en cas de divergences entre les pays de l'UE, mais pas à l'existence de celles-ci en premier lieu. En d'autres termes, il faut aussi se poser la question en France de savoir pourquoi l’Allemagne, autre pays  fondateur de l’Union Européenne faisant face aux mêmes conditions extérieures que nous, parvient-elle à tirer mieux son épingle du jeu ?
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1. Au même titre que la libre circulation des marchandises et des services, la libre prestation et la libre circulation des personnes.
2. C’est ce qu’on appelle en fait le paradoxe de Lucas du nom de l’économiste américain Robert Lucas qui souleva le problème dans un article devenu classique de 1990.
3. Qui selon les critères Reinhart et Rogoff dans leur livre This Time is different n’était pas encore entrée dans le club des pays fiables en terme crédit