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vendredi 9 août 2013

Le caractère du phylactère

Attention saga de l’été ! Comme Economiam est un site vraiment original, on va faire comme TF11, en construisant notre propre Château des Oliviers sur fond de Terre de Lumière. De notre côté, on s’intéressera plutôt à ces épisodes invraisemblables où l'optimisme béat l'emporte sur toute notion de bon sens. Des Pays-Bas du 17e siècle jusqu'à la Floride des années 2000, la créativité humaine n'a pas de limites : attendez-vous donc à vibrer pour la fabuleuse épopée des bulles !

Bubble Gum
Encore un petit effort...
Au programme, si la douceur du climat ne perce pas les velléités actuelles, on parlera des bulles célèbres suivantes :



Le graphique ci-dessous donne un aperçu historique plus large de la capacité des hommes à s’enthousiasmer pour les futilités de ce bas monde, dont les tulipes, les trains, le shopping en ligne en passant par les marécages floridiens.

Un petit visuel, avec des bulles, compilé par Goldman Sachs

Mam’zelle Bulle

Comme le décrit l’économiste américain Robert Shiller, une bulle est un processus itératif, où une cascade de bonnes nouvelles concernant le prix d’un actif (de l’or, des actions, de l’immobilier…) s’auto-alimente des bonnes affaires du voisin, entraînant dans son sillage même les investisseurs les plus circonspects. Ce faisant, le prix de l'actif continue d'augmenter et s’éloigne progressivement de toute valeur justifiable par des explications raisonnables. Autrement dit, les prix sont remplis d’air2 ! Par la suite, tout ce château dans le ciel s'écroule parce que cette dynamique ne peut pas durer indéfiniment.

La bulle, c'est donc un état d'esprit, se convaincre que jusqu'ici tout va bien. Par exemple, en plein milieu de ce qui s’avérera être les prémices d’une crise financière d'ampleur effroyable, la Fed (et en premier lieu son président Alan Greenspan) a persisté à croire que le marché était capable de supporter un niveau de levier sans précédent grâce à l'innovation financière. On l'a vu ce n'était vraiment qu'une vue de l'esprit...

Peut-on éviter de buller ?

Mais avaient-ils vraiment tort ? Certains économistes pensent que les bulles spéculatives n'existent pas, qu'elles ont toujours en fait un fondement rationnel. Cette théorie, défendue en particulier par un autre économiste américain, Eugene Fama, repose sur le postulat des marchés efficients (efficient market hypothesis, EMH, en VO). Ses partisans affirment que toute l'information disponible est contenue dans les prix et que les investisseurs ne peuvent pas se tromper en moyenne car ceux qui placent leur argent n'importe comment sont rapidement ruinés. Selon eux, si on parle d’irrationalité, c’est parce qu’on n’a pas assez cherché, sûrement par paresse intellectuelle.

Cependant de nos jours, la plupart des économistes ne se satisfont plus de l'EMH. En effet, elle repose sur l'existence d’investisseurs plus malins que les autres, qui vont aller à contre courant, et vendre (en particulier à découvert) quand les autres achètent de façon irrationnelle. Ils font ce qui s’appelle un arbitrage. Or on commence aujourd'hui à comprendre empiriquement et théoriquement que ces investisseurs ne seront pas toujours au rendez-vous, et ce parce que comme le dit cette maxime attribuée à Keynes : "Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne resterez solvable."

Sur le plan théorique, Robert Vishny et Andrei Shleifer montrent que la capacité d’un arbitrageur3 à aller à rebours du marché est limitée par ses possibilités de financement. Comme il n’a pas les poches infiniment profondes, il doit se restreindre, au cas où le marché continue d’être irrationnel avant de revenir vers des niveaux normaux. Cela l'empêche donc de tempérer les ardeurs des traders irrationnels. Plus encore, Dilip Abreu et Markus Brunnermeier montrent qu’il peut même à l’inverse être rationnel pour les arbitrageurs d’accompagner le mouvement, pour mieux sortir juste avant l’éclatement, participant donc à la création de la bulle plutôt que de la contenir !

Et en pratique, c’est exactement ce qu’il se passe. Apparemment, selon Brunnermeier (encore lui…), les hedge funds ont investi massivement dans les actions d’entreprises Internet lors du Dotcom boom du début des années 2000, pour les revendre juste avant l’effondrement des cours. Une stratégie extrêmement lucrative. Et gare à l'idée de vouloir apprendre au marché à être raisonnable : le désormais tristement célèbre Howie Hubler, trader de Morgan Stanley, a fait perdre 9 milliards de dollars à son employeur en pariant un peu trop tôt contre les subprimes... en 2006 ! En revanche, un pari similaire aura valu à John Paulson un profit de 4 milliards de dollars en 2008. Tout est une question de timing !

Evanescente ?

Les bulles ne laissent elles donc qu'enfer et damnation après leur passage ? Certes les projets immobiliers inoccupés et abandonnés de la Costa Del Sol ou de la banlieue de Detroit sont certainement condamnés à la ruine. Mais tout n'est pas toujours bon à jeter comme le raconte cet article du magazine The Economist. Certains projets, bien qu’emportés par leur enthousiasme, ont laissé des traces durables, comme par exemple le réseau ferroviaire anglais suivant la folie des trains (vers 1848) ou encore le statut de Sunshine state de la Floride, suivant la phénoménale expansion immobilière qui y a eu lieu dans les années 20.

Les bulles témoignent donc à double titre de la capacité des hommes à construire et à détruire, à s'extirper de leur lot quotidien ou à s'enfoncer dans la peur. On le verra, ces épisodes de frénésie collective sont peuplés de personnages hauts en couleur, de fous visionnaires mais aussi d'escrocs à la petite semaine, qui fascinent et repoussent à la fois les badauds entraînés dans leur sillage. En ce qui nous concerne, prochain arrêt sur Economiam, la Tulipomanie !



1 Ou de façon plus intéressante, on pourra s’attarder sur Classe Eco qui peuple l’été économique
2 Il faut noter que selon cette définition, il ne s’agit pas d’une arnaque car les gens sont tout à fait capables de s’enflammer par eux-mêmes. Ce qui n'empêche pas que certaines bulles aient été déclenchées par des escroqueries...
3 Désolé pour le barbarisme, mais ce mot manque en français !

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