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lundi 21 janvier 2013

Réaction Rapide: Arrêtons le "France bashing" (Le Monde)


Quelques réactions à chaud sur la tribune de Philippe Askenazy parue aujourd'hui dans Le Monde


L'autoflagellation, un plaisir de groupe
Le thème de l’article est fondamentalement un appel à l’arrêt du misérabilisme en France, pour contrer les complaintes constantes sur le déclin français. C’est une entreprise avec laquelle je ne peux qu’être d’accord. On peut envisager ceci de plusieurs façons: insister, comme dans la tribune, que la France reste un pays exceptionnel ou bien, comme dans cet article de Charles Wyplosz, dire que l’on rentre dans le rang mais que l’on ne devient pas pour autant nul ! Mais Philippe Askenazy a de toute façon raison de dénoncer l’effet de loupe des medias sur des non-événements: se lamenter sur Depardieu, soit, mais sur Brigitte Bardot !

Cependant on ne peut pas vivre dans un monde parallèle et nier certaines choses : cette crise est d’une ampleur exceptionnelle, et c’est un peu de mauvaise fois de la comparer à la crise de 1993… Et affirmer par plusieurs fois que le marché du travail en France fonctionne de façon optimale est carrément osé: beaucoup de gens seront d’accord avec moi que les gains de flexibilité sont venus au prix de la précarité (la galère des jeunes par exemple pour sortir du cycle stage/CDD/stage/CDD). Ou comment aborder la question de la bonne qualification de la main d’œuvre quand une partie de celle-ci est incapable de retrouver du travail faute de système cohérent pour assurer une portabilité du capital humain?

Enfin quant à la recherche, même si l’auteur est un économiste, il a dû rester en hibernation pendant les 15 dernières années pour ne pas s'apercevoir que les cerveaux français les plus brillants de la discipline ont été formés et font leurs recherches aux Etats-Unis, là où tout se passe! Ceci est bien sur à moduler par rapport aux performances des autres disciplines (en particulier les nobélisables) où la performance française est statistiquement remarquable, mais pour combien de temps encore, au vu de la politique de visa du dernier gouvernement?

Pour résumer, oui, halte aux sanglots, mais gare à ne pas se leurrer sur nos forces, et sur l’objectif à atteindre : le benchmarking1 se fait par rapport au reste du monde et pas seulement face à l’Allemagne!

Les commentaires sont ouverts!



1. Ou parangonnage pour les puristes, j’ai vu des critiques passer sur la notion de bashing, avantageusement traduite par dénigrement :)

4 commentaires:

Laurent Charpin a dit…

Salut Ben,
je suis assez d'accord avec toi, je lirai son article. Je trouve que c'est bien de se critiquer soi-même quand on pense que ça peut nous aider à améliorer notre système, c'est probablement le cas pour l'emploi et la recherche et plein de trucs. Pour le reste, ça ne sert à rien.

Benjamin Ting a dit…

Cet article a énormément été repris sur Le Monde, et je crois que c'est aussi parce qu'une proportion de gens sont comme nous, ouverts a l'auto critique constructive, mais en ont aussi marre de lire des approximations pour faire vendre du papier...

Henri Tournyol du Cl a dit…

Quel "France bashing"? Le problème est bien plutôt qu'il n'y en a pas et que, du coup, tout le monde se satisfait d'une performance année après année légèrement insuffisante. La subvention de la demande intérieure par le déficit budgétaire depuis les années 1990 permet de masquer l'effet des dysfonctionnements, qui donc restent ignorés, et finalement rien ne bouge.



L'histoire montre que les pays qui ont su se réformer l'ont fait après un choc : le Royaume Uni après avoir eu recours au FMI, les pays scandinaves après la crise de 1992, l'Allemagne après avoir vécu les conséquences de la réunification, l'Inde après avoir eu recours au FMI, etc, etc. La France n'a jamais connu de choc et il y a toujours eu du gigot à table le dimanche midi. Pas de quoi se bouger.

Economiam a dit…

Je crains que si, le France bashing (aka declinisme) ne manque pas en France (je pense aux Baverez, Peyrelevade ds son livre recent, les nombreuses tribunes du point et du Figaro...). D'ou mon soutien a la notion de continuer d'esperer et de croire plutot que de se plaindre en permanence.

Je me permets de retourner votre argument: si il y toujours eu du gigot a table, est ce purement du bol? Je ne nie bien sur pas qu'il y a des choses a ameliorer pour continuer d'avancer, dont effectivement la stimulation interieure que vous citez (je n'ai pas de chiffre precis).

Les problemes je pense sont d'une part les insiders et la capacite de preservation des avantages acquis (et donc le manque de mobilite sociale qui en decoule) et d'autre part le nombrilisme ambiant. Celui-ci se traduit par un repli sur soi et vers ce que l'on connait plutot que de continuer a engager (anglicisme desole) le monde qui nous entoure, comme le font les tres nombreuses FMN francaises (que l'on voit dans le classement Forbes et dont un grand nombres sont des leaders mondiaux: http://money.cnn.com/magazines/fortune/global500/2012/countries/France.html).


L'ironie des Congressmen americains renommant les French fries, Freedom fries, tout en etant servis par Sodhexo ne vous aura pas echappé...

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