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dimanche 19 février 2017

Les pronos de la Présidentielle

A un peu plus de deux mois du premier tour d'une élection qui s'annonce dans tous les cas tonitruante, Economiam se mouille et dévoile ses pronostics pour la Présidentielle. La prémisse de ce post est la suivante : les sondages ne sont plus crédibles, mieux vaut avoir recours à la bonne vieille méthode du doigt mouillé ! 

On se base sur les points chauds suivants : 
J'l'avais pas vu venir celui-là !
  • Penelopegate (ou de l'abus de -gate) mais François Fillon est un catho, clairement toute cette histoire est une attaque contre les valeurs chrétiennes, donc vaut mieux s'accrocher
  • Macron n'est pas gay, et tous les cars Macron n'ont pas fait faillite mais sa femme a vingt ans de plus, et il est trop jeune, et c'est un ancien banquier 
  • Mélenchon plaît toujours autant aux bobos, mais pas trop aux métallos 
  • Le FN est le premier parti ouvrier et premier parti pour les jeunes mais ça ne fait pas tout un peuple 
  • Hamon ça sent le Mélenchon, mais qui se traîne l'aile droite du PS 

Bref, tout ça mis bout à bout, ça donne : 
  1. Fillon président 
  2. Marine au second tour 
  3. Macron qui joue son va-tout mais rate la marche, en troisième 
  4. Mélenchon qui plafonne en 4e, à cause du manque de bobos 
  5. Et enfin le PS qui se crashe avec son grand timonier Hamon en 5e position 

A dans trois mois pour les tomates (ou les lauriers) !

mercredi 4 juin 2014

Alstom : génie français ou perpétuation de la stagnation ?

Dans un article en partie composé dans une rame du Tube londonien construite par Alstom, Economiam s'intéresse aux offres d'achat de GE et Siemens sur le « fleuron de l'industrie française » comme le dit Arnaud Montebourg.
 

Le Général Electrique aura-t-il l'Alsace ?

Chez Alstom, on laisse la porte ouverte !
Le printemps, c'est toujours un peu le temps des romances qui naissent. Ce n'est donc peut-être pas un hasard que ces deux derniers mois d'avril et de mai aient été le temps des méga fusions-acquisitions transatlantiques. En effet, à quelques jours d'intervalles, deux groupes américains, l'industriel General Electric (GE) et le pharmaceutique Pfizer, ont commencé un pas de deux avec des entreprises européennes. Le premier convoite la branche énergie du groupe français Alstom1 pour un montant de 16 à 17 milliards de dollars tandis que le second veut absorber le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca (AZ) pour $119 milliards.

On pourrait analyser longuement les bienfaits potentiels de ces transactions pour les acheteurs. Cependant, pour rejoindre un sujet dont nous avons parlé précédemment, ces groupes ont surtout un problème de riche
 : ils ont cash à rapatrier, beaucoup de cash, qui est en particulier conservé en dehors des États-Unis2. Pour ne pas avoir à le perdre en impôts, la solution est simple : maintenir cet argent en place et l'investir dans une cible appétissante.

dimanche 24 novembre 2013

FN : "Je règle mon pas sur le pas de mon père"

Près de la moitié des Français voient Marine Le Pen comme la personnalité politique la plus à même de réformer le pays, et nombreux sont ceux qui sont tentés de voter pour elle, sans pour autant se reconnaître dans l'idéologie de son parti. Nous allons donc analyser le programme économique du FN en évitant la bien-pensance mais assurément sans complaisance, et essayer de comprendre les réelles implications de ce choix pour son électorat.

Non, non rien n'a changé...

Election time in France
Am stram gram...
Le FN met le doigt là où ça fait mal pour beaucoup de Français. Si le Front National séduit autant, c'est qu'il donne l'impression d'écouter les catégories sociales les plus affectées par les bouleversement économiques et institutionnels qui transforment le monde (mondialisation, progrès technique, etc), en affirmant être en mesure de répondre à leurs inquiétudes et à leur peur du déclassement. Mais le véritable tour de force est à trouver dans ce que le FN a réussi à devenir le premier parti ouvrier de France tout en conservant son électorat traditionnel, les travailleurs indépendants tendance droite souverainiste, rassemblant ainsi deux groupes dont les intérêts ne sont pas franchement alignés.

Pour parvenir à ce grand écart, le FN a bien changé de discours économique depuis vingt ans : d'une certaine admiration pour le libéralisme reaganien de la part de Jean-Marie Le Pen, le nouveau visage du Front National offert par sa fille Marine Le Pen se revendique de "l'Etat stratège" et de "l'anti-mondialisation". Mais les grands quotidiens se trompent en se concentrant sur ce changement de vocabulaire car il ne s'agit là que d'un faux semblant.

En effet, dans la bouche du FN, anti-mondialisation ne veut certainement pas dire anti-capitaliste et anti-marchés, loin de là. Il s'agit en fait d'une stratégie de repli sur soi, dans la droite lignée de l'idéologie du parti. 

lundi 18 février 2013

Licenciements boursiers, comment éviter le Pire(lli)


Une nouvelle  fermeture d’usine dans une zone sinistrée vient agiter l’actualité économique. Autour de la disparition de l’usine Goodyear d’Amiens Nord, on parle pêle-mêle de licenciements boursiers, de patrons voyous et de législation, pour interdire tout licenciement à une entreprise qui verse des dividendes ou même simplement qui serait bénéficiaire. La partie adverse s’insurge, dit qu'il faut amputer avant que la gangrène ne se propage et qu’une entreprise qui ne licencie pas aujourd’hui est une entreprise qui disparaîtra demain. Entre émotion et froide rationalité économique, où se trouve le juste milieu?

Pas une si Bonne Année


Flickr (c) Matt Hartsburg
Une fermeture d’usine c’est d’abord un drame humain. Parce que ce sont les vies de milliers de personnes qui s’effondrent soudainement, personnes qui ont souvent travaillé pendant des décennies au même endroit. Et puis la disparition d’une usine, un peu comme pour les bases militaires, ce sont aussi mille ramifications, mille connections qui se rompent tout à coup, désagrégeant  le tissu économique local. Un millier de personnes sur le carreau, ça ne peut pas laisser indifférent, surtout par les temps qui courent.

vendredi 25 janvier 2013

Réaction rapide: Crispés, les Français?



"On a besoin d'un vrai chef en France
pour remettre de l'ordre" (oui à 87%)
L’article du Monde dénonçant « Les crispations alarmantes de la société française » est sorti hier. On y trouvait un tableau terrifiant de la population française, raciste, passéiste et effrayée par le monde qui l’entoure. La lecture du sondage France 2013: Les nouvelles fractures, publié aujourd’hui sur le site d’Ipsos donne une impression plus nuancée, même si on ne peut qu’être triste de l’ampleur que prennent certaines opinions.

Certains résultats sont clairs: dans leur majorité, les Français ont peur du grand monde, ce qui se traduit par une large inquiétude face à la mondialisation s’accompagnant du besoin de se replier sur soi-même. On voit aussi que les cadres, qui profitent le plus de la place centrale de la France dans le commerce mondial, perçoivent moins de menaces extérieures, tandis que les autres catégories sont franchement méfiants.

On ne peut pas nier non plus la banalisation de la peur de l’autre, avec le changement de terminologie (mais probablement pas de cible dans la tête des gens) où « musulman » remplace « immigré ». Par contre, Le Monde me semble un peu sensationnaliste quand ils écrivent que « le musulman est volontiers assimilé à l’intégriste »: dans le rapport, on lit bien que 10% des gens le pensent très fort (c’est beaucoup), mais la question posée dans le sondage est trop ambiguë pour en tirer des conclusions formelles. Personnellement, j’interprète le résultat comme disant que 90% des Français pensent que les intégristes sont minoritaires parmi les musulmans…

Mais ce qui frappe ensuite, ce sont les contradictions internes. Petit florilège (les questions du sondage sont en italique):
  • Les Français sont 82% à penser que l’argent a corrompu les valeurs traditionnelles de la société française. Mais, ils sont 71% à penser que c’est bien de vouloir gagner beaucoup d’argent… Logiquement, les valeurs de la société française sont mauvaises, il n’y a pas d’autre explication possible, à moins d’un grave cas de schizophrénie.
  • Concernant l’immigration, nous sommes, paraît-il, 73% à supposer qu’on peut trouver de la main d’œuvre en France, sans avoir recours à l’immigration, mais, le bon sens Gaulois reprenant le dessus, nous sommes aussi 70% à voir que les immigrés qui s’installent en France font le travail que les Français ne veulent pas faire. Bref, demande de main d’œuvre mais pas d’offreurs de travail chez les « Français », décidément le marché du travail de notre pays ne fait rien comme tout le monde. Par contre, je crois qu’il aurait été de bon ton de définir « Français »: parle-t-on vraiment uniquement de nationalité ici?
  • Il faut moins d’Europe, mais surtout garder l’Euro, ça serait trop bête de jeter le bébé avec l’eau du bain…
  • Enfin sur la religion, 80% des sondés estiment que la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres, alors que 26% ont la même opinion sur le catholicisme. On voit que ces affirmations dépendent de qui sont « les autres » : j’argumenterais que les deux religions ont pour volonté fondamentale d’imposer leur mode de fonctionnement aux autres, ça s’appelle le prosélytisme! Bref, rien de bien nouveau sous le soleil.

L’étude propose aussi une classification des répondants, en 5 groupes (les bobos, les libertaires, les crispés, les ambivalents et les populistes). Ici l’interprétation d’Ipsos me semble bizarre, car il ne me semble pas que le fait que 20% des cadres rentrent dans la typologie bobo nous permette d’affirmer que les bobos sont surtout des cadres diplômés… On a l’impression que ces catégories sont des cases dans lesquelles Ipsos a tenu absolument à faire tenir certaines idées préconçues (les ouvriers sont devenus fachos, les riches et éduqués sont franchement plus ouverts que les autres, etc). En fait, de cet exercice, je retiens surtout la taille du groupe des ambivalents: 27%. Mon interprétation est que, comme nous sommes dans une période de tension économique et sociale intense, sans précédent depuis la guerre, on sent que ça ne va pas bien. Mais comme on ne tombe pas dans les mêmes extrêmes qu’en 1929, on ne sait plus trop à quel saint se vouer!

Mais ces points n’enlèvent rien au fait que ces chiffres témoignent, si besoin en était, de la persistance d’un certain mal-être dans un pan entier de population qui se traduit par un manque de confiance en soi et une défiance envers les autres (qui deviennent un ensemble diffus englobant tour à tour différentes composantes du du corps social). C’est une confirmation de plus des résultats inquiétants du FN aux élections depuis un certain temps. On ne vit clairement pas dans une société apaisée…

Pour ceux que ça intéresse, le rapport se trouve ici, et il traite aussi du rôle des medias, de la désaffection pour la classe politique et de l’administration, sur lesquels je n’ai pas de commentaire à faire. Par contre, ici, les commentaires sont ouverts!

lundi 21 janvier 2013

Réaction Rapide: Arrêtons le "France bashing" (Le Monde)


Quelques réactions à chaud sur la tribune de Philippe Askenazy parue aujourd'hui dans Le Monde


L'autoflagellation, un plaisir de groupe
Le thème de l’article est fondamentalement un appel à l’arrêt du misérabilisme en France, pour contrer les complaintes constantes sur le déclin français. C’est une entreprise avec laquelle je ne peux qu’être d’accord. On peut envisager ceci de plusieurs façons: insister, comme dans la tribune, que la France reste un pays exceptionnel ou bien, comme dans cet article de Charles Wyplosz, dire que l’on rentre dans le rang mais que l’on ne devient pas pour autant nul ! Mais Philippe Askenazy a de toute façon raison de dénoncer l’effet de loupe des medias sur des non-événements: se lamenter sur Depardieu, soit, mais sur Brigitte Bardot !

mercredi 5 décembre 2012

Inégalité… fraternité?


Les inégalités dans le monde occidental sont au plus haut depuis la Belle Epoque: tandis que les 1% des plus hauts revenus ont vu leur part du gâteau augmenter1, les classes moyennes ou les couches les plus défavorisées ont, elles, vu leurs revenus stagner voire décliner. Ainsi fatigués d’être les dindons de la farce, les 99% s’organisent et lancent Occupy Wall Street ou les Indignés. Mais une question fondamentale reste en suspens: c’est grave un monde inégal?

vendredi 9 novembre 2012

L’équipe de foot de Louis Gallois


Louis Gallois a visiblement cru qu’il organisait un match de foot. Sa sélection pour le Mondial, c’est 22 propositions sur le terrain. Comme on pense que l’Equipe va plus se pencher sur les notes de Lyon-Bilbao, on a décidé de faire le boulot nous même, et de noter les propositions (dans le désordre mais toujours sur 10), comme il se doit à l’issue du match.

mardi 6 novembre 2012

TVA sociale, tu perds ton sang-froid


Repost du 09/03/2012 11h49

L’idée de « TVA sociale » est dans l’air depuis un certain temps déjà, elle a pris de la substance depuis les annonces du chef de l’Etat. Découlant de la rigueur allemande, elle est censée redresser les torts de la mondialisation. De quoi parle-t-on au final ?


Un nom d’emprunt

Les politiques l’appellent TVA sociale, mais son vrai nom, qu’elle cache bien dans toute cette histoire, est dévaluation fiscale ! En effet, avant de jouer les Robins des Bois de la fiscalité, il s’agit bien d’un mécanisme économique connu, mais qui a été peu utilisé en grandeur nature jusqu’à présent.

C’est une dévaluation, car son objectif est de reproduire les effets d’une dévaluation du taux de change, mais fiscale, car il est question d’utiliser les impôts (directs et indirects) pour ce faire, plutôt que de toucher au cours de l’Euro, ce que le gouvernement français ne peut pas faire de toutes façons.

Regardons de plus près son mécanisme :

La TVA sociale c'est quoi ? by zoomzoomout

 

Le dessous du coup de poker

Même si la recherche économique est pour le moment en retard par rapport au débat politique, elle semble se diriger vers un consensus concernant l’efficacité théorique et la faisabilité de la dévaluation fiscale. Cependant, le manque de précédant historique semble exiger une certaine prudence. Les modalités pratiques optimales ne sont pas claires, compte tenu de la complexité du système d’imposition. D’autre part, il est possible (mais peu probable au vu des mesures allemandes de 2007 de TVA à visée sociale) que d’autres Etats membres l’appliquent aussi comme mesure de rétorsion, ce qui rendrait la dévaluation moins efficace.

Le débat actuel en France porte sur l’atteinte aux revenus des plus pauvres. La TVA sociale renchérira bien sûr le coût de la consommation pour les plus pauvres car une portion des biens consommés, importés de l’extérieur, verront de toute façon leur prix augmenter. Une autre source de problème est la régressivité de la TVA, en ce sens que les plus pauvres payent proportionnellement plus de TVA que les plus riches. Ce sont les deux éléments les plus importants à mon sens. Une solution serait de ne réduire les charges sociales que des bas salaires. Là aussi, l’effet réel est difficile à prévoir, mais selon le FMI, cela démultiplierait les effets sur l’emploi.

On entend par ailleurs souvent que les entreprises ne vont pas répercuter la baisse des charges sociales afin d’améliorer leurs marges. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, la TVA sociale ne va pas remettre en cause le fait que les entreprises se font concurrence ; mais il y a un fonds de vérité à cela : les prix sont rigides et s’ajustent lentement, à la hausse comme la baisse. Cependant, l’amélioration des marges des entreprises devrait les pousser à investir et à embaucher.

C’est Angela qui l’a dit

L’Allemagne a déjà mis en place une telle politique en 2007, et c’est bien sur cette expérience que Nicolas Sarkozy s’appuie pour vanter les mérites de la TVA sociale. Cependant ses effets Outre-Rhin sont encore loin d’avoir été quantifiés complètement, et les différences de modalités d’application sont susceptibles de créer des différences importantes. Pour le social, on repassera comme le souligne Thomas Piketty dans un article pour Libé, mais du point de vue strictement économique, le but de la manœuvre est de soutenir l’emploi quantitativement et non qualitativement.

Finalement, même si c’est un dispositif qui présente beaucoup d’avantages directs pour les entreprises, par les temps de rigueur fiscale qui courent, l’Etat va avoir beaucoup de mal à continuer à être le moteur de la création d’emploi après le coup de semonce de la perte du AAA. La voie du privé est donc une issue, à savoir si c’est la bonne…

Pour en savoir plus :
Deux articles d’Emmanuel Farhi, économiste français de Harvard, l’un académique disponible ici ou là,
l’autre moins http://web.mit.edu/iwerning/Public/VAT.pdf