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vendredi 25 janvier 2013

Réaction rapide: Crispés, les Français?



"On a besoin d'un vrai chef en France
pour remettre de l'ordre" (oui à 87%)
L’article du Monde dénonçant « Les crispations alarmantes de la société française » est sorti hier. On y trouvait un tableau terrifiant de la population française, raciste, passéiste et effrayée par le monde qui l’entoure. La lecture du sondage France 2013: Les nouvelles fractures, publié aujourd’hui sur le site d’Ipsos donne une impression plus nuancée, même si on ne peut qu’être triste de l’ampleur que prennent certaines opinions.

Certains résultats sont clairs: dans leur majorité, les Français ont peur du grand monde, ce qui se traduit par une large inquiétude face à la mondialisation s’accompagnant du besoin de se replier sur soi-même. On voit aussi que les cadres, qui profitent le plus de la place centrale de la France dans le commerce mondial, perçoivent moins de menaces extérieures, tandis que les autres catégories sont franchement méfiants.

On ne peut pas nier non plus la banalisation de la peur de l’autre, avec le changement de terminologie (mais probablement pas de cible dans la tête des gens) où « musulman » remplace « immigré ». Par contre, Le Monde me semble un peu sensationnaliste quand ils écrivent que « le musulman est volontiers assimilé à l’intégriste »: dans le rapport, on lit bien que 10% des gens le pensent très fort (c’est beaucoup), mais la question posée dans le sondage est trop ambiguë pour en tirer des conclusions formelles. Personnellement, j’interprète le résultat comme disant que 90% des Français pensent que les intégristes sont minoritaires parmi les musulmans…

Mais ce qui frappe ensuite, ce sont les contradictions internes. Petit florilège (les questions du sondage sont en italique):
  • Les Français sont 82% à penser que l’argent a corrompu les valeurs traditionnelles de la société française. Mais, ils sont 71% à penser que c’est bien de vouloir gagner beaucoup d’argent… Logiquement, les valeurs de la société française sont mauvaises, il n’y a pas d’autre explication possible, à moins d’un grave cas de schizophrénie.
  • Concernant l’immigration, nous sommes, paraît-il, 73% à supposer qu’on peut trouver de la main d’œuvre en France, sans avoir recours à l’immigration, mais, le bon sens Gaulois reprenant le dessus, nous sommes aussi 70% à voir que les immigrés qui s’installent en France font le travail que les Français ne veulent pas faire. Bref, demande de main d’œuvre mais pas d’offreurs de travail chez les « Français », décidément le marché du travail de notre pays ne fait rien comme tout le monde. Par contre, je crois qu’il aurait été de bon ton de définir « Français »: parle-t-on vraiment uniquement de nationalité ici?
  • Il faut moins d’Europe, mais surtout garder l’Euro, ça serait trop bête de jeter le bébé avec l’eau du bain…
  • Enfin sur la religion, 80% des sondés estiment que la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres, alors que 26% ont la même opinion sur le catholicisme. On voit que ces affirmations dépendent de qui sont « les autres » : j’argumenterais que les deux religions ont pour volonté fondamentale d’imposer leur mode de fonctionnement aux autres, ça s’appelle le prosélytisme! Bref, rien de bien nouveau sous le soleil.

L’étude propose aussi une classification des répondants, en 5 groupes (les bobos, les libertaires, les crispés, les ambivalents et les populistes). Ici l’interprétation d’Ipsos me semble bizarre, car il ne me semble pas que le fait que 20% des cadres rentrent dans la typologie bobo nous permette d’affirmer que les bobos sont surtout des cadres diplômés… On a l’impression que ces catégories sont des cases dans lesquelles Ipsos a tenu absolument à faire tenir certaines idées préconçues (les ouvriers sont devenus fachos, les riches et éduqués sont franchement plus ouverts que les autres, etc). En fait, de cet exercice, je retiens surtout la taille du groupe des ambivalents: 27%. Mon interprétation est que, comme nous sommes dans une période de tension économique et sociale intense, sans précédent depuis la guerre, on sent que ça ne va pas bien. Mais comme on ne tombe pas dans les mêmes extrêmes qu’en 1929, on ne sait plus trop à quel saint se vouer!

Mais ces points n’enlèvent rien au fait que ces chiffres témoignent, si besoin en était, de la persistance d’un certain mal-être dans un pan entier de population qui se traduit par un manque de confiance en soi et une défiance envers les autres (qui deviennent un ensemble diffus englobant tour à tour différentes composantes du du corps social). C’est une confirmation de plus des résultats inquiétants du FN aux élections depuis un certain temps. On ne vit clairement pas dans une société apaisée…

Pour ceux que ça intéresse, le rapport se trouve ici, et il traite aussi du rôle des medias, de la désaffection pour la classe politique et de l’administration, sur lesquels je n’ai pas de commentaire à faire. Par contre, ici, les commentaires sont ouverts!

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