Hype et sexy sur le
papier, technocratique dans son incarnation européenne et compliquée en pratique,
la taxe Tobin ou taxe sur les transactions financière (TTF) devrait voir le
jour de façon crédible au sein d’un bloc de 11 pays de l’Union européenne. Mais
alors qu’on pensait avoir un percepteur des impôts un peu gris dans son imper délavé, on
nous réserve en fait un thriller de la fiscalité. Alors la TTF, panacée ou remède pire que le mal?
Random phrase
samedi 2 mars 2013
Tobin or not Tobin
Onze pays de l’UE, dont la France et l’Allemagne, ont décidé de mettre en place un système visant à prélever un impôt sur les transactions financières, s’élevant à 0,1% sur les actions et 0,01% sur le notionnel des produits dérivés. Cela peut sembler peu, mais mis bout à bout dans un monde où ces notionnels se comptent en milliers de milliards1, ça commence faire des sous.
lundi 18 février 2013
Licenciements boursiers, comment éviter le Pire(lli)
Une nouvelle fermeture d’usine dans une zone sinistrée
vient agiter l’actualité économique. Autour de la disparition de l’usine
Goodyear d’Amiens Nord, on parle pêle-mêle de licenciements boursiers, de
patrons voyous et de législation, pour interdire tout licenciement à une
entreprise qui verse des dividendes ou même simplement qui serait bénéficiaire.
La partie adverse s’insurge, dit qu'il faut amputer avant que la gangrène ne se
propage et qu’une entreprise qui ne licencie pas aujourd’hui est une entreprise
qui disparaîtra demain. Entre émotion et froide rationalité économique, où se
trouve le juste milieu?
Pas une si Bonne Année
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| Flickr (c) Matt Hartsburg |
dimanche 27 janvier 2013
L'économie amusante: eBay, ou comment résoudre le poids mort de Noël
Fin janvier, bientôt la fin des vœux de nouvelle année, et aussi le moment de tirer un bilan comptable de ses cadeaux de Noël. En particulier, combien est-ce-que j’ai réussi à tirer de ce cadeau immonde de la tante Phlébite en le vendant sur mon compte eBay
Les économistes,
c’est bien connu, ne sont pas des sentimentaux. La joie d’offrir, le plaisir de
la surprise, tout ça, ils s’en tamponnent. Et Noël, la grande foire annuelle
aux cadeaux ne pouvait pas longtemps rester en dehors de leurs griffes
rationnelles. Ainsi, dans un article de 1993, Joel Waldfogel pose la question de
savoir si les fêtes de fin d’année ne sont pas en fait un boulet sur l’économie,
un poids mort que l’on se traîne. Pour étayer sa thèse, il demande d’abord à
ses étudiants d’estimer la valeur payée par leurs proches pour les cadeaux qu’ils
ont reçus. Puis d’essayer d’estimer à quel degré les cadeaux leur ont plu, en attribuant
une valeur monétaire à leur déception éventuelle. C’est-à-dire, si on
devait acheter son cadeau, de combien devrait-on baisser le prix pour accepter
de l’avoir? En particulier, il est possible de ne vouloir un objet à aucun prix
(je sais pas moi, un animal empaillé…) auquel cas l’écart est de 100%. A l’inverse,
si on avait en tête d’acheter quelque chose avant les fêtes et qu’on a la bonne
surprise de le voir au pied du sapin, clairement on était prêt à payer le prix
d’achat entier. Evidemment, la plupart des cadeaux auront une décote située
entre les deux. Le résultat de l’expérience produisit un écart substantiel, de
l’ordre de 10%. Concrètement, l’élève Chaprot, aimant beaucoup le bleu, n’aurait
accepté de n’acheter ce pull vert, cadeau de son oncle Gilbert, que s’il l’avait
trouvé 10% moins cher en magasin (bien sûr, il n’y a pas d’autres choix en stock).vendredi 25 janvier 2013
Réaction rapide: Crispés, les Français?
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| "On a besoin d'un vrai chef en France pour remettre de l'ordre" (oui à 87%) |
L’article du
Monde dénonçant « Les
crispations alarmantes de la société française » est sorti hier. On y
trouvait un tableau terrifiant de la population française, raciste, passéiste et
effrayée par le monde qui l’entoure. La lecture du sondage France 2013: Les nouvelles fractures, publié
aujourd’hui sur le site d’Ipsos donne une impression plus nuancée, même si on
ne peut qu’être triste de l’ampleur que prennent certaines opinions.
Certains résultats
sont clairs: dans leur majorité, les Français ont peur du grand monde, ce qui se traduit par une
large inquiétude face à la mondialisation s’accompagnant du besoin de se
replier sur soi-même. On voit aussi que les cadres, qui profitent le plus
de la place centrale de la France dans le commerce mondial, perçoivent moins de menaces extérieures, tandis que les autres catégories sont franchement méfiants.
On ne peut pas
nier non plus la banalisation de la peur de l’autre, avec le changement de
terminologie (mais probablement pas de cible dans la tête des gens) où « musulman »
remplace « immigré ». Par contre, Le
Monde me semble un peu sensationnaliste quand ils écrivent que « le
musulman est volontiers assimilé à l’intégriste »: dans le rapport, on lit bien que 10% des gens le pensent très fort (c’est beaucoup), mais la question posée dans le sondage est trop ambiguë pour en tirer des conclusions formelles. Personnellement, j’interprète
le résultat comme disant que 90% des Français pensent que les intégristes sont
minoritaires parmi les musulmans…
Mais ce qui
frappe ensuite, ce sont les contradictions internes. Petit florilège (les
questions du sondage sont en italique):
- Les Français sont 82% à penser que l’argent a corrompu les valeurs traditionnelles de la société française. Mais, ils sont 71% à penser que c’est bien de vouloir gagner beaucoup d’argent… Logiquement, les valeurs de la société française sont mauvaises, il n’y a pas d’autre explication possible, à moins d’un grave cas de schizophrénie.
- Concernant l’immigration, nous sommes, paraît-il, 73% à supposer qu’on peut trouver de la main d’œuvre en France, sans avoir recours à l’immigration, mais, le bon sens Gaulois reprenant le dessus, nous sommes aussi 70% à voir que les immigrés qui s’installent en France font le travail que les Français ne veulent pas faire. Bref, demande de main d’œuvre mais pas d’offreurs de travail chez les « Français », décidément le marché du travail de notre pays ne fait rien comme tout le monde. Par contre, je crois qu’il aurait été de bon ton de définir « Français »: parle-t-on vraiment uniquement de nationalité ici?
- Il faut moins d’Europe, mais surtout garder l’Euro, ça serait trop bête de jeter le bébé avec l’eau du bain…
- Enfin sur la religion, 80% des sondés estiment que la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres, alors que 26% ont la même opinion sur le catholicisme. On voit que ces affirmations dépendent de qui sont « les autres » : j’argumenterais que les deux religions ont pour volonté fondamentale d’imposer leur mode de fonctionnement aux autres, ça s’appelle le prosélytisme! Bref, rien de bien nouveau sous le soleil.
L’étude propose
aussi une classification des répondants, en 5 groupes (les bobos, les
libertaires, les crispés, les ambivalents et les populistes). Ici l’interprétation
d’Ipsos me semble bizarre, car il ne me semble pas que le fait que 20% des
cadres rentrent dans la typologie bobo nous permette d’affirmer que les bobos sont
surtout des cadres diplômés… On a l’impression que ces catégories sont des
cases dans lesquelles Ipsos a tenu absolument à faire tenir certaines idées préconçues
(les ouvriers sont devenus fachos, les riches et éduqués sont franchement plus
ouverts que les autres, etc). En fait, de cet exercice, je retiens surtout
la taille du groupe des ambivalents: 27%. Mon interprétation est que, comme nous
sommes dans une période de tension économique et sociale intense, sans précédent
depuis la guerre, on sent que ça ne va pas bien. Mais comme on ne tombe pas
dans les mêmes extrêmes qu’en 1929, on ne sait plus trop à quel saint se vouer!
Mais ces points n’enlèvent rien au fait que ces chiffres témoignent, si besoin en était, de la persistance
d’un certain mal-être dans un pan entier de population qui se traduit par un
manque de confiance en soi et une défiance envers les autres (qui deviennent un
ensemble diffus englobant tour à tour différentes composantes du du corps social). C’est une
confirmation de plus des résultats inquiétants du FN aux élections depuis un
certain temps. On ne vit clairement pas dans une société apaisée…
Pour ceux que ça intéresse,
le rapport se trouve ici,
et il traite aussi du rôle des medias, de la désaffection pour la classe
politique et de l’administration, sur lesquels je n’ai pas de commentaire à
faire. Par contre, ici, les commentaires sont ouverts!
mercredi 23 janvier 2013
L’économie amusante: Chez les Papous, il y a des Papous papas et des Papous pas papas
L’économie n’est pas qu’un débat d’experts, c’est aussi une science expérimentale. La recherche de l’Homo Economicus a mené certains chercheurs dans des contrées lointaines, à la rencontre de sociétés primitives, pour leur poser des ultimatums !
Un petit jeu…
![]() |
| Gaston et les Papous (à cliquer) |
La réponse économique
classique à ce problème est que, de façon froidement rationnelle, le proposant
devrait offrir la plus petite somme possible à son interlocuteur (un centime
quoi). Car oui, avoir de l’argent, c’est mieux que de ne pas en avoir.
Ce jeu a été
soumis à de nombreux groupes dans les pays industrialisés (dans lesquels on
compte aussi bien les pays occidentaux que l’Indonésie ou la Corée). Ces expériences
ont toujours produit des résultats similaires: la majorité des offres
tendent vers un partage équitable entre 40 et 50% (à comparer à ce que vous
avez répondu à la question plus haut…), et les rares offres basses, en-dessous
de 20%, sont très souvent rejetées. On voit donc que contrairement à l'intuition économique, une très
forte proportion de personnes préfèrent punir leur vis-à-vis plutôt que de prendre
l’argent. Ceci résulte probablement d’une certaine notion d’équité, que l’on
retrouve aussi chez le proposant qui, lui, s’autocensure!
Encore plus impressionnant, ce comportement a été observé indépendemment du sexe, de la religion ou
de la nationalité des participants, ce qui pouvait donc laisser concevoir
l’existence d’une notion innée de justice et d’équité.
Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras
Cependant, les économistes
expérimentaux ont décidé d’aller plus loin et de voyager un peu (la version courte de leurs pérégrinations ici, ou longue là). Un voyage qui
a mené une dizaine d’équipes en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor-Leste, en
Mongolie, en Equateur, au Kazakhstan et j’en passe, à la rencontre de sociétés
que l’on pourrait qualifier de primitives, en ce sens qu’elles ont été peu influencées
par l’industrialisation et sont restées proches de leur mode de vie
traditionnel. Certaines sont composées de chasseurs-cueilleurs ou de bergers
nomades quand d’autres vivent de la culture sur brûlis. Bref charrue à bœufs et
médecine chamanique plutôt que Hummer et IRM.
![]() |
| Les différentes sociétés primitives étudiées |
Et là, surprise,
ces études ont produit des résultats souvent très différents de ce qui avait pu
être observé jusque là (qui n’avait donc rien d’universel). Aux deux extrêmes on
trouve d’une part les Machiguenga du Pérou, et d’autre part les Au et Gnau de
Papouasie (oui, oui, ils ont des noms rigolos, ce sont des papous après tout).
Les premiers font systématiquement des offres plus basses que ce qu’on observe
habituellement, et qui sont généralement acceptées, tandis que les seconds font
des offres beaucoup plus variées (même si en moyenne elles tournent aussi
autour de 50%), avec même des partages hyper-généreux (du style je garde 10%,
je t’en donne 90%). Pour couronner le tout, ces offres au-dessus de la moyenne
sont généralement rejetées! Bref, des résultats qui remettent tout en question.
Pourquoi une
telle différence dans ces sociétés? L’explication est semble-t-il à trouver
dans leurs modes de vie, qui se reflètent dans leurs choix. Les Machiguenga
sont par exemple des chasseurs/cueilleurs, avec peu d’échanges commerciaux: ainsi
leur comportement est cohérent avec la notion de prendre ce qu’on a. Quant aux
Papous, ce sont des sociétés où les tributs sont très importants: un peu comme
au Japon, accepter un présent est comme une dette, un fardeau dont on ne veut
pas toujours s’encombrer. Et pour résumer, il semblerait que ce soit pour nous
aussi un reflet de notre mode d’organisation, société d’échange et de cohabitation.
Si vous êtes
arrivés à la fin de cet article, notez que l’on vient de parler de théorie économique,
et même pire, de théorie des jeux. Mais j’espère que ça reste de l’économie
amusante!
lundi 21 janvier 2013
Réaction Rapide: Arrêtons le "France bashing" (Le Monde)
Quelques réactions
à chaud sur la tribune de Philippe Askenazy parue aujourd'hui dans Le Monde
![]() |
| L'autoflagellation, un plaisir de groupe |
Le thème de l’article est fondamentalement un appel à l’arrêt du misérabilisme en France,
pour contrer les complaintes constantes sur le déclin français. C’est une
entreprise avec laquelle je ne peux qu’être d’accord. On peut envisager ceci de
plusieurs façons: insister, comme dans la tribune, que la France reste un pays
exceptionnel ou bien, comme dans cet article de Charles Wyplosz, dire que l’on rentre dans le rang mais que l’on ne
devient pas pour autant nul ! Mais Philippe Askenazy a de toute façon raison de dénoncer l’effet
de loupe des medias sur des non-événements: se lamenter sur Depardieu, soit,
mais sur Brigitte Bardot !
vendredi 11 janvier 2013
Fault Lines vs. Illusion Monétaire: Pourquoi le meilleur livre sur la crise ne peut pas être français
Petite revue de la prose disponible sur la crise, en France (Illusion financière) et ailleurs (Fault Lines).
Je me suis
retrouvé, un peu par hasard, avec le livre de Gaël Giraud, Illusion Financière, entre les mains. A première vue, l’auteur est
un gars solide, normalien et Ensae, chercheur au CNRS et short listé pour le
Prix du Jeune Economiste 2009, un prix qui a tendance à récompenser du lourd,
Emmanuel Saez, Esther Duflo et Thomas Piketty pour ne citer qu’eux. Détail intéressant,
l’auteur est aussi jésuite, ce qui explique certainement une publication au
sein de la collection « Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire »
et qui fait que le livre contient une petite composante philosophico-religieuse
que je serais bien en peine de commenter.
Je me suis
retrouvé, un peu par hasard, avec le livre de Gaël Giraud, Illusion Financière, entre les mains. A première vue, l’auteur est
un gars solide, normalien et Ensae, chercheur au CNRS et short listé pour le
Prix du Jeune Economiste 2009, un prix qui a tendance à récompenser du lourd,
Emmanuel Saez, Esther Duflo et Thomas Piketty pour ne citer qu’eux. Détail intéressant,
l’auteur est aussi jésuite, ce qui explique certainement une publication au
sein de la collection « Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire »
et qui fait que le livre contient une petite composante philosophico-religieuse
que je serais bien en peine de commenter.
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