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vendredi 9 novembre 2012

L’équipe de foot de Louis Gallois


Louis Gallois a visiblement cru qu’il organisait un match de foot. Sa sélection pour le Mondial, c’est 22 propositions sur le terrain. Comme on pense que l’Equipe va plus se pencher sur les notes de Lyon-Bilbao, on a décidé de faire le boulot nous même, et de noter les propositions (dans le désordre mais toujours sur 10), comme il se doit à l’issue du match.

mardi 6 novembre 2012

Les marchés, c’est la santé



Le 28 juin dernier, la Cour Suprême américaine a tranché et donné son feu vert à l’administration Obama pour mettre en œuvre la réforme du système de santé, qui va donner une couverture médicale à environ 30 millions d’Américains. Cette décision est l’issue d’une virulente guerre de tranchée politique et d’une bataille judiciaire longue de 4 ans. Pourquoi cette loi, qui paraît bénéfique pour tout le monde, a-t-elle suscité autant de débats et une opposition aussi violente?

Mais comment sont-ils arrivés dans cette galère?

Le Affordable Care Act, proposition fondamentale du programme de Barack Obama lors des précédentes élections présidentielles de 2008, vise à reformer le système de santé, en étendant la couverture sociale à l’ensemble de la population, et à baisser le niveau total des dépenses de santé. La loi rend donc obligatoire d’une part la souscription à une assurance pour les patients (à l’exception de ceux déjà couverts par l’Etat) et d’autre part oblige les assureurs à accepter tous les patients, sans condition de santé ou d’âge. Des marchés centralisés seront mis en place au niveau des états pour faciliter les achats de couverture médicale.

TVA sociale, tu perds ton sang-froid


Repost du 09/03/2012 11h49

L’idée de « TVA sociale » est dans l’air depuis un certain temps déjà, elle a pris de la substance depuis les annonces du chef de l’Etat. Découlant de la rigueur allemande, elle est censée redresser les torts de la mondialisation. De quoi parle-t-on au final ?


Un nom d’emprunt

Les politiques l’appellent TVA sociale, mais son vrai nom, qu’elle cache bien dans toute cette histoire, est dévaluation fiscale ! En effet, avant de jouer les Robins des Bois de la fiscalité, il s’agit bien d’un mécanisme économique connu, mais qui a été peu utilisé en grandeur nature jusqu’à présent.

C’est une dévaluation, car son objectif est de reproduire les effets d’une dévaluation du taux de change, mais fiscale, car il est question d’utiliser les impôts (directs et indirects) pour ce faire, plutôt que de toucher au cours de l’Euro, ce que le gouvernement français ne peut pas faire de toutes façons.

Regardons de plus près son mécanisme :

La TVA sociale c'est quoi ? by zoomzoomout

 

Le dessous du coup de poker

Même si la recherche économique est pour le moment en retard par rapport au débat politique, elle semble se diriger vers un consensus concernant l’efficacité théorique et la faisabilité de la dévaluation fiscale. Cependant, le manque de précédant historique semble exiger une certaine prudence. Les modalités pratiques optimales ne sont pas claires, compte tenu de la complexité du système d’imposition. D’autre part, il est possible (mais peu probable au vu des mesures allemandes de 2007 de TVA à visée sociale) que d’autres Etats membres l’appliquent aussi comme mesure de rétorsion, ce qui rendrait la dévaluation moins efficace.

Le débat actuel en France porte sur l’atteinte aux revenus des plus pauvres. La TVA sociale renchérira bien sûr le coût de la consommation pour les plus pauvres car une portion des biens consommés, importés de l’extérieur, verront de toute façon leur prix augmenter. Une autre source de problème est la régressivité de la TVA, en ce sens que les plus pauvres payent proportionnellement plus de TVA que les plus riches. Ce sont les deux éléments les plus importants à mon sens. Une solution serait de ne réduire les charges sociales que des bas salaires. Là aussi, l’effet réel est difficile à prévoir, mais selon le FMI, cela démultiplierait les effets sur l’emploi.

On entend par ailleurs souvent que les entreprises ne vont pas répercuter la baisse des charges sociales afin d’améliorer leurs marges. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, la TVA sociale ne va pas remettre en cause le fait que les entreprises se font concurrence ; mais il y a un fonds de vérité à cela : les prix sont rigides et s’ajustent lentement, à la hausse comme la baisse. Cependant, l’amélioration des marges des entreprises devrait les pousser à investir et à embaucher.

C’est Angela qui l’a dit

L’Allemagne a déjà mis en place une telle politique en 2007, et c’est bien sur cette expérience que Nicolas Sarkozy s’appuie pour vanter les mérites de la TVA sociale. Cependant ses effets Outre-Rhin sont encore loin d’avoir été quantifiés complètement, et les différences de modalités d’application sont susceptibles de créer des différences importantes. Pour le social, on repassera comme le souligne Thomas Piketty dans un article pour Libé, mais du point de vue strictement économique, le but de la manœuvre est de soutenir l’emploi quantitativement et non qualitativement.

Finalement, même si c’est un dispositif qui présente beaucoup d’avantages directs pour les entreprises, par les temps de rigueur fiscale qui courent, l’Etat va avoir beaucoup de mal à continuer à être le moteur de la création d’emploi après le coup de semonce de la perte du AAA. La voie du privé est donc une issue, à savoir si c’est la bonne…

Pour en savoir plus :
Deux articles d’Emmanuel Farhi, économiste français de Harvard, l’un académique disponible ici ou là,
l’autre moins http://web.mit.edu/iwerning/Public/VAT.pdf

Baby-sitting de l'économie

Repost du 10/01/2012 13h29

Les banques centrales sont depuis de nombreuses années au cœur de l’actualité financière et économique. Depuis la crise de 2008, elles sont l’objet de l’attention de tout un chacun.
Alors que Mario Draghi a récemment remplacé Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE), petit coup de projecteur sur le rôle un peu particulier de cette institution dans notre vie de tous les jours.


La planche à billet

En première approximation, une banque centrale est en charge du monopole de l’Etat sur l’argent, de même façon que l’Etat a le monopole sur la sécurité (la force légitime) via la police. De façon simplifiée, cela leur donne une fonction stabilisatrice de l’économie, en particulier sur l’inflation et sur le PIB. Dans certains cas, particulièrement pour les banques de pays émergents, dont la monnaie n’est pas un pilier du système monétaire international comme le dollar ou l’euro, elles ont un rôle de contrôle des réserve de change (et donc du taux de change).

Elles ont aussi une fonction bancaire, comme leur nom l’indique, et sont pour ainsi dire les banques des banques. En particulier, c’est pour cela que le Federal Reserve System américain a été fondé en 1913, pour éviter une nouvelle panique comme celle de 1907 où un (très riche) particulier, John Pierpont Morgan (fondateur de la banque éponyme) a renfloué à lui tout seul le système. Il faut voir que les échelles aussi ont changé: Warren Buffett n’a fait qu’injecter une fraction des besoins en capital d’une seule banque, Goldman Sachs, lors de la chute de Lehman Brothers en 2008.

Cible mouvante

Les techniques utilisées pour contrôler la politique monétaire sont en constante évolution. Depuis une quinzaine d’années, les banques centrales fonctionnent en ciblant l’inflation. Aux Etats-Unis, la cible officieuse serait de 2%, tandis qu’au Royaume-Uni, le gouverneur de la Bank of England doit écrire une lettre au Chancellor (ministre des finances) dès que l’inflation dépasse le seuil des 3%. Pour mener à bien leur objectif, elles influent principalement sur le taux d’intérêt à très court terme: de façon simplifiée, lorsque les taux d’intérêts montent, les agents économiques (entreprises et individus) empruntent moins, épargnent plus et par voie de conséquence consomment moins, ce qui atténue la pression sur les prix. La règle de Taylor (du nom d’un économiste de Stanford) permet de représenter la fonction de réaction d’une banque centrale aux différents paramètres macroéconomiques.

Keynes et les baby-sitters

Une des illustrations les plus éclairantes de la fonction d’une banque centrale est tirée de l’expérience réelle d’une coopérative de baby-sitting parmi des fonctionnaires de Washington, décrite par Paul Krugman dans son livre The Accidental Theorist. Cet exemple est développé en slide share ci-dessous.
  


Lords of finance

Mais les banques centrales restent des institutions auxquelles le grand public a un accès très restreint: la première conférence de presse d’un président de la Fed date d’avril 2011 et encore aujourd’hui, pratiquement aucune banque centrale ne publie de comptes-rendus des réunions concernant le choix du taux directeur. Ceci est d’autant plus important que leurs statuts leurs garantissent l’indépendance du pouvoir exécutif, au même titre que la justice et le législatif, ce qui permet d’éviter des problèmes tels que ceux observés au Zimbabwe récemment. Mais bien sûr le risque qu’encourt un tel système est de voir des technocrates dissociés du reste de la population prendre des décisions au nom de tous. D’autant que les banquiers centraux ne sont pas à l’abri d’erreurs, comme celles qui ont été faites dans les années 30. Il faut donc espérer que les recettes sont les bonnes aujourd’hui !

Le tonneau des Danaïdes

Repost du 23/09/2011 10h42

Une comédie familiale, qui tient plus du vaudeville, se déroule maintenant en Europe. Après la démission d’Axel Weber, Jürgen Starck a lui aussi quitté la Banque Centrale Européenne, semant de plus en plus le trouble sur la capacité (et la volonté) de l’Atlas allemand de soutenir la politique européenne. Mais, dans cette affaire, les Français ne sont pas plus décisifs…

Comme dirait Coluche

C’est l’histoire d’un mec, un peu roublard, qui voulait partir en vacances avec sa famille. Comme il n’est pas bien riche, pour ce faire, il va voir son banquier, qui lui prête un peu plus que ce dont il a besoin. Ses frères et sœurs, tout heureux de le voir être du voyage, ne posent pas trop de questions quant à la source des fonds.

Mais la bise est venue, et le mec un peu roublard n’a pas de quoi rembourser. Sa femme et ses enfants ne sont pas contents de se serrer la ceinture, surtout qu’ils n’ont pas l’impression d’avoir autant profité des vacances que le mec roublard.

Comme la famille c’est  la famille, les frères et sœurs se cotisent pour le tirer de l’ornière. Mais ce n’est pas de gaieté de cœur, alors ils le titillent un peu. Sauf que comme sa femme et ses enfants refusent d’abandonner leurs habitudes (après tout ce n’est pas de leur faute si tout cela arrive), bah le mec roublard a toujours du mal à payer ses dettes. Il faut dire qu’il en a beaucoup. En plus, il travaille, mais pour une raison quelconque, il n’arrive pas à toucher l’intégralité de son salaire, et visiblement, ça prendra du temps pour résoudre ce problème.

Bien sûr, il y a aussi les banques, mais pour elles, le mec roublard c’est pas de la famille, donc elles lui prêtent de moins en moins d’argent avec un taux de plus en plus prohibitif.
Alors que faire: ne pas rembourser la banque ? Cela donnerait une réputation de mauvais payeurs aux frères et sœurs, et ils auraient eux-mêmes plus de mal à emprunter pour acheter cet appart dont ils ont envie depuis des années. Ca serait injuste, surtout qu’ils n’y sont pour rien, c’est juste qu’ils aiment leur frère.

Interdire les sorties piscine et cinéma aux enfants, et ne plus payer de dîner romantique à madame ? Possible, mais c’est encore trop injuste, ils ont rien demandé, et en plus ils ont pas eu de homard pendant ces fameuses vacances, eux.

Alors vendre les meubles ? C’est dommage on y tient, le vase de grand-mère, c’est dommage quand même…

Boucher les trous

Evidemment dans le rôle du mec, il s’agit bien de la Grèce. La balle est maintenant dans le camp des politiques. Stop à la frilosité, stop aux démissions absurdes. Les pays forts de la zone euro doivent prendre leurs responsabilités. La Banque Mondiale, par la voix de son président (des gens certainement plus compétents que moi), ont lancé le même appel, le 16 septembre:

«A moins que l’Europe, le Japon et les Etats-Unis ne commencent à prendre leurs responsabilités, ils risquent non seulement d’entrer en crise, mais d’entraîner l’économie mondiale avec eux. […] Ils ont procrastiné pendant trop longtemps avant de prendre les décisions difficiles, limitant les possibilités à une poignée de choix douloureux.»

Par ailleurs, il faut aussi souligner que le répit semble vouloir venir de Chine, qui se dit prête à acheter de la dette de pays européens en difficulté. Il semblerait que les Chinois aient compris l’importance de la stabilité économique mondiale pour leur propre fonctionnement (ce qui est bien sûr facilité par leurs réserves monétaires imposantes). Ceci est quelque chose que les Britanniques, s’abritant comme un cache-misère derrière la livre, ne semblent pas vouloir comprendre, et se lavent les mains de tous problème sur «le Continent».

Malheureusement, ceux qui vont subir le plus sont donc les Grecs. Le FMI, la BCE et la Commission Européenne exigent maintenant que la Grèce remplisse des pré-requis encore plus drastiques qu’auparavant. Entre autres, le gouvernement veut baisser le montant de la retraite de 1200€ et 100,000 employés du secteur public vont bientôt être au chômage technique. Evidemment, tout ça ne peut pas se faire dans la douceur, Athènes est paralysée. Hier, aucun transport en commun ne circulait, pas de vols ni de taxis et des manifestations d’enseignants congestionnaient la ville.

Le seul moyen de sortir la tête haute de cette crise, c’est la solidarité et le partage de la douleur. Même si c’est trop injuste pour tout le monde. Au final, ce sont des choix que nos dirigeants vont devoir faire, dont ils devront prendre la  responsabilité devant leurs électeurs. Nous allons sûrement en subir les conséquences, mais c’est bien parce que l’Europe n’est pas qu’une construction économique ou une chimère d’après-guerre. C’est une grande famille, et on doit en prendre soin, même si le frère en question est un boulet.

Les AAAgences de notation font le BBBranle-bas

Repost du 29/08/2011 10h52

On l’a vu pendant cet été, les médias se sont beaucoup excités sur l’abaissement de la note des Etats-Unis, prédisant un cataclysme économique. Les marchés ont effectivement tremblé mais pas pour cette raison…

 

Juge, jury – bourreau ?

Mine de rien, les agences de notation existent depuis un bout de temps : les trois principaux acteurs que sont Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch ont été fondés depuis au moins le début du XXe siècle. Elles ont pour but d’estimer la qualité de la dette émise par diverses entités au travers d’une note. Elles utilisent des conventions différentes, mais pour simplifier, un niveau AAA correspond à de la dette sans risque (comme celle de l’Allemagne par exemple), et les notes décroissent jusqu’à l’échelon le plus bas, D, quand l’émetteur a déjà fait défaut. En particulier ces notes sont utilisées pour un certain nombre de règles dans le domaine financier. Les trois agences susnommées ont donc un statut quasi officiel aux yeux des régulateurs américains et européens.

Il s’ensuit qu’elles ont un pouvoir énorme sur le destin de différents acteurs économiques. Le contrôle prudentiel impose par exemple aux assureurs et aux fonds de retraite de n’investir que dans de la dette notée BBB et au dessus (appelée investment grade – en dessous on parle de dette poubelle, en anglais des junk bonds). En particulier une entreprise qui passerait cette frontière serait doublement touchée, et serait d’autant plus poussée vers la faillite. Mais qu’en est-il des Etats-Unis?

Full faith and credit…

Car effectivement, ca fait des années qu’on parle du rythme de consommation effréné des Américains, et de l’endettement qui soutient cette demande. Passé la crise, cet endettement est passé des mains des banques à celui de l’Etat fédéral qui se retrouve devant la nécessité de couper les coûts. Un grand nombre de projections prédisent que la dette américaine dépassera les 100% du PIB (c’est-à-dire l’intégralité des revenus du pays) à court terme. Pour pouvoir faire face à ses obligations, l’Etat américain a dû relever le niveau d’endettement qu’il s’est lui-même fixé. On l’a vu début août, cette procédure a fait l’objet d’intenses négociations à cause de la pression  des Républicains. Et c’est en particulier cette incertitude politique qui a amené S&P à baisser la note des USA.

Mais si on y regarde de plus près, ce n’est pas parce qu’il y a eu des discussions autour des concessions pour effectuer le relèvement du plafond qu’il y avait une chance que celui-ci n’ait pas lieu. Les deux autres agences ont par ailleurs confirmé la note maximale, l’une d’elle affirmant considérer « les politiques mises en place plutôt que les discussions les précédant ». D’autres ont aussi réaffirmé leur infaillible foi en l’Amérique, surtout Warren Buffet, qui non seulement trouve ridicule l’idée d’abaisser la note des Etats-Unis mais au contraire dit qu’il faudrait lui donner un quadruple A! Malgré tout, on peut se demander si « l’Oracle d’Omaha » ne commence pas à s’identifier un peu trop à son surnom, ou encore si ce n’est pas de la méthode Coué, car son investissement principal, c’est avant tout les Etats-Unis…

Un message à caractère informatif

Venons en maintenant au rôle (supposé) des agences de notations dans la débâcle des marchés mi-août. Selon un certain nombre de commentateurs, c’est l’annonce de S&P qui aurait précipité le vent de panique qui a soufflé. Et ces mêmes commentateurs de mettre en doute la crédibilité des agences, prenant pour exemple les erreurs, monumentales il faut le souligner, des celles-ci, au sujet des produits titrisés qui ont été au cœur de la crise de 2008.

Cependant, il est important de voir que les notes sur la dette souveraine sont basées sur des informations publiques contrairement aux notes sur produits titrisés. Ce sont donc deux branches séparées: d’un côté, l’agence de notation agît en prestataire de services, rémunéré par les émetteurs des actifs, avec un accès privilégié aux données sensibles des portefeuilles ; les notes sont donc censées avoir une valeur informationnelle importante  (mais on l’a vu, elles étaient souvent erronées). De l’autre, l’agence de notation est un observateur, un météorologue presque, dont le rôle particulier est surtout dicté par le titre qui leur a été accordé par les US. Par ailleurs, leur performance dans ce domaine a été très bonne. Comme l’a dit The Economist, « l’abaissement de la note n’a pas été considéré comme apportant des informations nouvelles concernant la solidité financière des Etats-Unis ».

C’est donc une erreur de penser que cet événement a directement une valeur pour les investisseurs. Il peut cependant exister un certain nombre de dispositions autour de la dette (appelées covenant en Anglais), qui régissent les droits et devoirs de l’emprunteur et du prêteur, en particulier par rapport aux notes. Celles-ci ont parfois des conséquences inattendues, sous forme de prophétie auto-réalisatrices. Elles peuvent créer une panique car elles sont très difficiles à recenser, et que donc il est très difficile d’estimer leur impact potentiel.

Malgré tout, à mon sens, cet impact devrait être proche du néant : les Etats-Unis ont une dette AAA depuis tellement longtemps qu’il est douteux qu’il y ait des obligations spéciales vis-à-vis des obligations américaines à une échelle vraiment importante. La panique est probablement plus due aux nouvelles économiques moroses des deux côtés de l’Atlantique, ainsi qu’au manque de liquidité caractéristique du mois d’août. Et enfin, contrairement aux rumeurs colportées ici ou là, la France va bien et conserve une assise financière solide!
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Pour plus d’informations voir l’excellente interview de Rama Cont dans Le Monde.

Argent, trop cher!

Repost du 29/06/2011 11h31

« L’inflation augmente! Tout est plus cher! C’est le pétrole! C’est l’euro! Le panier de la ménagère ne veut rien dire! Mon pouvoir d’achat s’effondre! » Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’inflation est probablement l’indicateur économique qui déchaîne le plus les passions, et pour cause: il touche directement au portefeuille.

C’est un phénomène curieux, qui existe possiblement depuis l’invention de la monnaie, à la fois psychologique et éminemment rationnel. Les empereurs romains sont les premiers à expérimenter avec la manipulation de la monnaie, en ajoutant progressivement une quantité de plus en plus importante de métal quelconque dans les pièces d’or. Mais les citoyens n’étaient pas dupes et ça a lamentablement raté à chaque fois…

De nos jours, l’inflation est une donnée que les autorités politiques et économiques tiennent absolument à maîtriser, puisqu’on peut tout d’abord la comparer à une taxe, sur les plus pauvres et sur les épargnants, car elle diminue le pouvoir d’achat et diminue la valeur de l’argent disponible. Ensuite, une inflation forte sur le long terme entraîne une perte de confiance dans la monnaie, faisant croître l’économie parallèle et, poussée à certains extrêmes, brisant le tissu social. On l’a vu dans l’Allemagne des années 30 et dans le Zimbabwe d’aujourd’hui, l’hyperinflation entraîne la ruine du plus grand nombre, préservant les quelques privilégiés qui disposent de leurs avoirs en monnaie étrangère.

Indice, en bas de votre écran

Par définition, l’inflation est tout simplement le taux d’accroissement des prix de ce que nous consommons. Là se posent déjà deux problèmes: de quels prix parle-t-on, et de quelle consommation s’agit-il au juste? En France, c’est l’Insee qui se charge de mesurer l’Indice des Prix à la Consommation (IPC), à partir duquel on détermine l’inflation. Il est calculé en relevant les prix affichés dans les magasins d’un certain nombre de villes en France, ainsi que les prix des fournisseurs de services (électricité, gaz, téléphone) et des vendeurs par correspondance, et ce à qualité constante. L’Insee se targue d’une couverture de 95% de la consommation en France, mais exclut le prix d’achat d’un logement (qui est plutôt considéré comme un actif au même titre qu’une action, que comme un produit de consommation).  Eco89 propose un petit question-réponse intéressant pour plus de détails, et bien sûr, l’Insee met à disposition une bonne quantité d’informations sur son site.

Un certain nombre de critiques ont été adressées à l’IPC, en premier lieu du point de vue de la méthodologie. Passons sur le fait que mathématiquement, il semblerait que la formule produise un biais. Le problème principal à mon sens et que c’est une moyenne qui ne reflète pas forcément nos besoins et consommations particuliers (comme le souligne Le Figaro, 40% des Français payent un loyer, qui représente environ 20% des revenus de ceux-ci, tandis que les dépenses logement ont un poids de 6% dans l’IPC). Depuis 2007, l’Insee nous permet de calculer notre propre indice des prix, pour tenir compte de sa consommation propre de pizzas, de clopes ou d’engrais chimique. Cependant, le système reste opaque, car pour éviter les possibles manipulations, l’Insee ne publie que le strict nécessaire, ce qui forcément ne favorise pas la confiance. Ailleurs dans le monde, les soupçons planent souvent sur les résultats officiels, et nombre d’initiatives privées fournissent leur propre mesure, locale (comme par exemple en Argentine où plus personne ne regarde le chiffre du gouvernement) ou globale (comme le Billion Prices Project qui suit tous les jours les prix des vendeurs en ligne).

Autre source de conflit, l’indice officiel est calculé «à qualité constante», c’est- à-dire que l’office statistique se débrouille (via ce qu’on appelle une régression hédoniste) pour rendre comparable ce qui ne l’est plus du fait par exemple du progrès technique. Ceci est surtout sensible dans le secteur de la technologie (à caractéristiques techniques et performance constantes, le prix des ordinateurs a baissé au cours du temps), mais est applicable aussi aux voitures par exemple.

On voit donc pourquoi l’Insee dit que le pouvoir d’achat n’a pas baissé alors que les médias répètent à l’envie qu’on devient plus pauvre de jour en jour : un cadre supérieur peut partir en weekend plus souvent et pour moins cher (avec Easyjet) et s’équiper en électronique performante pour le même prix qu’avant (car un ordinateur deux fois plus puissant coûte le même prix qu’avant). Pendant ce temps, la personne dont les revenus sont plus modérés, voit juste le prix de sa nourriture et de ses frais de transports augmenter, rognant ses dépenses discrétionnaires. Elle voit aussi que ça lui fait une belle jambe que les PC soient plus puissants au même prix : elle n’a pas les moyens de s’en acheter un de toute façon…

A Monetary History of the United States, 1867-1960

Qu’est-ce qui cause l’inflation? Que fait l’État là-dedans? Et l’OPEP? L’explication classique de Milton Friedman, économiste libéral de l’Université de Chicago, et un des parrains de l’économie monétaire, est que l’inflation est causée par un trop-plein d’argent, faisant face à une quantité insuffisante de biens (c’est peut-être plus clair en version originale : “too much money chasing too few goods.”) La raison pour laquelle il pourrait y avoir trop d’argent dans le système est que les billets que nous avons dans notre portefeuille ne sont adossés à rien, contrairement aux billets de nos glorieux ainés, qui pouvaient être échangés contre de l’or (puis des dollars avec Bretton Woods). Depuis 1971, la seule chose qui fait que ces bouts de papier ont de la valeur, c’est la certitude que quelqu’un les acceptera demain.

Par ailleurs, l’offre et la demande n’ont donc pas d’influence à long terme, car il y aura toujours un retour au prix d’équilibre. La quantité d’argent dans le système est donc l’unique déterminant de l’inflation pour les économistes, et cette masse monétaire est contrôlée par la banque centrale. D’où l’insistance pour l’indépendance de celle-ci, car généralement les politiques font un mauvais usage de cette manette (c’est donc bien Mugabe qui est derrière l’inflation au Zimbabwe). Cependant les économistes ne sont pas aveugles et voient bien qu’au jour le jour, le prix du pétrole a un impact direct sur le portefeuille via le prix de l’essence, mais ils ne considèrent ceci que comme un choc temporaire, n’affectant pas l’inflation «de fond», c’est-à-dire sa tendance à long terme. En particulier la Réserve Fédérale américaine base sa politique sur la «core inflation», en excluant le prix de l’énergie et de la nourriture, dont les déterminants principaux sont l’offre et la demande de court terme.

Tous unis contre la vie chère

Ainsi les pouvoirs publics prennent la responsabilité de contenir l’inflation. En général, celle-ci est dévolue à la banque centrale, comme on le disait plus haut, qui de nos jours agit sur la masse monétaire via le contrôle des taux d’intérêt à court terme. Cependant, les économistes ne voient donc pas les chocs inflationnistes dus au pétrole par exemple comme des déterminants réels de l’inflation, et se refusent à agir sur cette base. Or, comme l’a dit si habilement Keynes, qui est l’autre parrain de l’économie monétaire, «in the long run we’re all dead». Le gouvernement prend donc souvent à sa charge toutes sortes de palliatifs et de politiques de sensibilisation. Pour exemple, la Malaisie avait lancé dans les années 90 une large campagne de publicité appelée Inflasi 0% (0% d’inflation) pour responsabiliser les gens vis-à-vis de leur consommation. Si je ne me trompe pas, ça n’a pas très bien marché, ce qui a conduit l’État à intervenir plus directement en exerçant des contrôles sur les prix, dont ceux de l’essence. Plus près de nous dans l’espace, les États occidentaux ont beaucoup fait joujou avec l’Inflation avant la crise pétrolière. L’intervention de l’État et le rôle de la banque centrale sont donc le sujet de deux prochains articles sur l’inflation.